PENSEES URBAINES

Opération Bus 123: pansement temporaire sur plaie permanente

Posted by servefa on Lundi 2 février 2009 and filed under A la une, Opinions, Tribune Libre. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry - Article lu 567 fois

Les temps sont difficiles. Il n’est pas utile de s’appeler Léo Ferré pour s’exclamer ainsi. Car il faut alors avoir, en ce moment, l’oeil bien acéré pour trouver une nouvelle de nature à faire travailler un peu les zygomatiques en extension. Et je pensais bien en avoir trouvé une, dernièrement, en lisant la belle histoire de “bus 123”. En effet, “bus 123” est une opération (dite pilote, je présume qu’elle en appelle d’autres) destinée non seulement à assurer le transport des jeunes et moins jeunes des quartiers nord, pour l’instant Normandie, Numbo et Rivière Salée, vers les plages de la baie des citrons et de l’Anse Vata, mais aussi à leur offrir à un encadrement et des activités balnéaires. Quelle belle idée que d’accompagner les populations défavorisées et de leur permettre d’accéder aux meilleurs endroits de leurs villes ! Idée généreuse et philanthrope. Mais les temps sont difficiles et rapidement le revers de la médaille a occulté ce premier éclat lumineux, car cette initiative est révélatrice de deux regrettables maux de la Ville de Nouméa, et plus largement, de son agglomération.

bus
Si l’opération Bus 123 existe, cela signifie qu’ordinairement, l’accessibilité de ces quartiers est nulle pour qui ne possède pas d’automobile. Cela ne manque pas d’interpeller et est signe de la grande situation de dépendance à l’automobile de l’agglomération nouméenne. Les effets de la dépendance à l’automobile d’un territoire sur l’exclusion sociale des populations est un phénomène qui est étudié depuis longtemps par la communauté scientifique. Le chercheur français Gabriel Dupuy, spécialiste de la question, résume ainsi les effets de cette dépendance. “Il s’agit de barrières qui empêchent les exclus de la société d’accéder non seulement aux emplois mais aussi à l’instruction, à la santé, à une nourriture saine et bon marché, ainsi qu’aux loisirs et activités culturelles. Les chercheurs se sont efforcés d’évaluer les coûts sociaux qui en résultent. Par exemple, l’absence de moyens de transports convenables coupe les individus concernés de l’emploi et de la formation, ce qui perpétue leur sous-qualification et leur incapacité à s’assurer des ressources stables (…) Il en résulte une dégradation de leur qualité de vie et dans des circonstances extrêmes, une aliénation, un désengagement, susceptibles de rompre le lien social”. Il apparaît donc que l’offre dégradée de transports collectifs dans le Grand Nouméa est un facteur d’exclusion important pour certaines populations, et qu’il serait préférable de ne pas se contenter de pis-aller estivaux destinés à camoufler un service public insuffisant.

De plus, cela est révélateur de l’image qu’ont les pouvoirs publics des transports publics, c’est à dire un mode de déplacement réservé aux populations les plus pauvres, quand les décideurs des villes du monde entier travaillent à leur réhabilitation en vue de les généraliser pour lutter contre la congestion et la pollution.

Enfin, nous ne pouvons que constater qu’à Nouméa, les quartiers les plus défavorisés sont étrangement enclavés, comme rejetés de la ville, là-bas, à Numbo, ou coincés entre la montagne et la voie express, à Montravel (qui profite néanmoins d’une gare de transports collectifs), ou enfermés à Rivière Salée. Cet aménagement de l’espace favorise lui aussi l’exclusion et la rupture du lien social. Le Grand Nouméa connaît une forte croissance urbaine et cette ségrégation sociale, qui favorise la paupérisation des populations défavorisées, lui sera tôt ou tard bien dommageable.

Aussi le Grand Nouméa doit-il sortir de sa logique de ville automobile, qui la verra muer en un centre hyperactif, suralimenté par des voies express, et une périphérie uniquement résidentielle où seuls les ménages motorisés parviendront à s’intégrer socialement. Il appartient aux décideurs, et à la population, par des organes de pression et par le pouvoir de son vote, d’offrir à l’agglomération les moyens de construire une ville socialement plus juste, plus équitable et plus agréable à vivre, pour tous. Le Grand Nouméa, par la concentration de population qu’il s’apprête à recevoir, et dans le contexte historique de la Nouvelle-Calédonie, ne peut se permettre de continuer à construire la ville sur un modèle qui conduit ainsi à l’exclusion. Quand bien même, en l’absence d’une telle politique à long terme, et le temps d’un été, l’initiative “Bus 123” est de celle qu’il faut applaudir.

François SERVE

1 Response for “Opération Bus 123: pansement temporaire sur plaie permanente”

  1. TOUSSI Alanic dit :

    très bon arrticle et je crois bien que Noumea doit sortir de sa logique de ville automobile , actuellement je poursuis une étude au Canada dans la province du New Brunswik dans la ville de Bathurs et ici on a pas de bus de ville donc on se sert des pieds pour aller au centre ville dans ce froid glacial et vivement le retour au caillou OK Bon courage a toute votre equipe.
    un Kanak perdu au bout du monde!!!!!

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