La vie chère. Je pensais le vocable nouveau. Il me semblait que jusqu’alors l’expression communément utilisée était celle du pouvoir d’achat, et de son amenuisement, ou de sa baisse. Et puis, en creusant un peu, j’ai retrouvé l’expression dans de vieux ouvrages français de la fin du XIXème siècle, vous savez cette époque où les conditions de vie étaient dégradées, les villes sales et surpeuplées, la colonne sociale étirée jusqu’à la rupture. L’expression n’invite donc pas à l’optimisme et les gouvernements l’ont bien compris, qui essaient ici ou là, avec de grands effets d’annonce, de proposer des mesures, comme localement avec d’abord l’éco-riz, puis l’éco-cartable et enfin l’éco-caddie.
Pourtant, si les équipements scolaires et l’alimentation sont déterminants dans le budget des calédoniens, les politiques mises en œuvre semblent a priori oublier les deux principales dépenses de la population, donc celles sur lesquels il est possible de réaliser les plus grandes économies: la voiture et le logement. La voiture tout d’abord, car si les subventions du gouvernement pour baisser le prix de l’essence sont un effort non négligeable, l’acquisition d’une voiture et son entretien sont une charge importante pour les ménages, et pour les plus défavorisés en particulier. En effet, un document de la Direction des Services Fiscaux établit le coût moyen kilométrique aux alentours de 60F, soit, pour un automobiliste moyen qui parcourt 15 000 km par an, un coût annuel de l’automobile de 900 000 F ! Une véritable politique permettant de réduire la vie chère consiste donc à proposer des transports publics efficaces (c’est à dire rapides et réguliers) à des prix respectables et à réduire le niveau de dépendance à l’automobile des l’agglomération de Nouméa, en particulier. Cela sera bon pour le porte-monnaie de la population, et celui des gouvernements, les études montrent en effet que les villes qui ont une offre de transport diversifiée ont des coûts associés au système de déplacement bien moindre que celle qui sont entièrement axées sur l’automobile, tout en dégageant plus de richesses.
Des ménages contraints à l’exil et à l’endettement
Les politiques de logement n’ont par ailleurs pas été sans efforts des pouvoirs en place. Ainsi, de nombreux programmes de logements sociaux ont été engagés dans le Grand Nouméa, dans la foulée des Etats Généraux du Logement Social. Mais l’offre de logement social ne saurait répondre aux préoccupations des populations intermédiaires qui ne répondent pas aux critères des opérateurs sociaux et qui doivent donc subir l’inflation des prix de l’immobilier, qu’il s’agisse de location de logement ou d’achat (de terrain ou de maison). Et, malgré l’absence d’indice aisément consultable des prix de l’immobilier et du foncier en Nouvelle-Calédonie (s’il en existe un, je serai bien enthousiaste d’en consulter l’évolution), il convient de constater que ces prix ont connu une hausse très importante ces quinze dernières années. Cela rend l’accession à la propriété très délicate et au prix d’un effort important de la part des ménages. Afin d’acquérir du foncier à un prix acceptable, les ménages sont aujourd’hui obligés non seulement de s’endetter mais aussi de s’exiler hors de la ville, allant jusqu’à Boulouparis, ce qui finalement finit par leur coûter bien cher en carburant, et en temps ! De plus, cela contribue à l’altération des paysages calédoniens, à l’extension de la pollution atmosphérique, avec un trafic accru sur de longues distances, et à l’augmentation des risques d’accident de la route. La mise en œuvre d’une politique foncière ambitieuse est donc plus que jamais une nécessité en Nouvelle-Calédonie, et dans le grand Nouméa en particulier.

Le problème est épineux, et mon objectif est moins de proposer un panel de solutions que de constater l’importance de la problématique foncière pour le pays. Toutefois, je vais m’essayer à esquisser quelques approches fondamentales. Parmi les instruments réglementaires et opérationnels d’intervention publique sur les marchés fonciers, le principal concerne la capacité de planification qui permet d’œuvrer sur le spatial, à travers l’aménagement, et sur l’économique et le social, par le développement. Ces deux composantes sont aujourd’hui englobées par l’approche paradigmatique du développement durable. Ainsi, la Collectivité Publique, par les outils des schémas directeur, de cohérence, d’aménagement, ou autres plans, dessine le territoire par les infrastructures qu’elle y construit, et par l’affectation d’une destination aux sols. Les infrastructures modifient ainsi les valeurs foncières en transformant les conditions d’accessibilité d’un terrain au centre-ville (mais possiblement à d’autres sources d’emploi, ou à des loisirs, …). Et la destination des sols décide de la fonction du terrain et de sa rentabilité: résidentiel dense, résidentiel desserré, commercial, industriel, agricole, etc.: c’est le zonage des plans d’urbanisme. Existe-t-il en Nouvelle-Calédonie des outils de planification des infrastructures regroupant les principaux partenaires ? Ne doit-on pas s’inquiéter de ce qu’une ville comme Païta, qui est déjà une extension périurbaine d’importance dans le Grand Nouméa, ne dispose pas, alors qu’elle n’a pas connu de modification politique majeure depuis 1995, de plan d’urbanisme qui permette un aménagement cohérent de son territoire ?
La constitution de réserves foncières par les autorités favorise la stabilisation des prix du foncier
Mais si infrastructures et destination des sols ont des impacts importants sur la formation des prix (de même que les cartes de prévention des risques, industriels, inondations, ou incendie, qui sont naissantes dans le pays), elles ne constituent pas des outils de régulation des coûts du foncier. En effet, au delà de la planification et de l’affectation des sols, une politique foncière implique des moyens réglementaires et opérationnels d’acquisition et de viabilisation des sols. En France, le droit de préemption, qui permet à une personne publique ou privée (par exemple un organisme foncier), d’acquérir un bien en priorité si le propriétaire de ce bien manifeste sa volonté de le vendre (l’obligation de publicité est donc indispensable !), a permis la mise en œuvre de Zones d’Aménagement Différé (ZAD). Il est acquis aujourd’hui que ces ZAD, qui ont conduit à des développements planifiés, ont eu des effets à la baisse certains sur les prix fonciers, en limitant la rétention et la spéculation propre à tout marché et au marché foncier en particulier. Les ZAD sont généralement viabilisés grâce à des outils de type Zone d’Aménagement Concerté. Ainsi, dans le Grand Nouméa, il sera intéressant de voir l’effet de la Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) de Dumbéa-sur-Mer, réalisée par la Province Sud, sur le marché foncier. En effet, cette ZAC a été créée dans une logique de ZAD mais dans un contexte d’urgence due à la croissance urbaine qui n’a pas permis au temps de faire son œuvre. Toutefois, l’offre importante en logements et en terrains qu’elle va offrir à l’agglomération est de nature à faire baisser les prix fonciers. Il apparaît donc pertinent pour le Grand Nouméa de se munir d’un outil de réserve foncière urbaine qui permette non seulement de stabiliser les prix mais en plus de limiter un développement incontrôlé de l’agglomération et de proposer des aménagements cohérents et planifiés. Toutefois, pour ne pas abuser des outils de préemption ou d’expropriation, il faut, me semble-t-il, favoriser les moyens amiables qui ont permis aux pays du nord de l’Europe de se constituer des réserves foncières considérables et qui ont contribué à la stabilisation des prix fonciers dans ces pays.
Enfin, il existe quelques outils fiscaux qui permettent de limiter la rétention foncière, et la spéculation qui s’ensuit, comme une taxe foncière n’incitant pas les propriétaires à garder des terrains à vocation résidentielle de façon prolongée. A l’inverse, l’imposition des plus-value foncières et immobilières est connue pour ses effets négatifs, notamment l’encouragement à la rétention de terrains de la part de propriétaires peu enclin à payer la taxe, et à la contribution de la hausse des prix, puisque l’impôt est susceptible d’être répercuté sur l’acheteur. Les outils fiscaux sont généralement complexes à mettre en œuvre et leurs résultats sont difficiles à évaluer. Les politiques fiscales ne sont en effet pas toujours sans effets pervers.
Outre les politiques foncières et fiscales, d’autres actions peuvent être mises en place, comme le taux à prêt zéro. Une telle mesure est effectivement généreuse et permettrait aux ménages de s’affranchir du coût de l’argent, pris en charge par le gouvernement. Mais cette subvention déguisée risque, si elle est trop générale, en augmentant la capacité financière de la demande, de contribuer mécaniquement à la hausse des prix de l’offre. C’est toutefois une mesure qui peut être intéressante si l’on souhaite développer un certain type d’habitat, par exemple la construction de maisons ayant une architecture bioclimatique. Au contraire, les systèmes d’appropriation municipale du foncier, à la hollandaise, ont fait leur preuve, dans la stabilisation des prix fonciers et dans l’aménagement du territoire, et contrairement à une idée reçue, il n’est jamais trop tard pour commencer, avec évidemment des adaptations au contexte local.
François SERVE

Dis donc, ils sont très techniques vos articles…. C’est pas un journal c’est Sciences et Vie
En tout cas ce news média a le mérite d’être un ton au dessus par rapport à notre quotidien local. Félicitations à l’équipe
Le gros problème pour les petits ménage pour accéder à un logement et que les prêt qu’il soit bancaire ou fond social est dérisoire . Je citerai le cas d’une famille qui a acheté un terrain de 16 ares mais ne peut accéder à la construction tant les prêts sont dérisoire ils se base sur le salaire du mari et prétendent qu’ils ne peuvent accéder à plus ;pourtant cette famille paye un loyer de 115000F PLUS LES CHARGES une construction si le prêt était accepté aurait à quelques chose près les traites de ce loyer . Il vaut mieux payer pour quelques chose qui vous appartient que de payer un loyer. Je tenez à vous signaler que ce terrain est situé à paita donc dans la commune du fameux maire ECOPRIX ,donc cette famille à fait une demande de compteur d’eau et a été surpris du devis qui approche le demi millions avec ça l’on coupe de suite une envie de construire vive les défenseurs de la vie chère
La plus-value serait un système à mettre en place rapidement afin de limiter les spéculation abusive constatée notamment en province Nord. Nombreux sont ceux qui ont achetés une parcelle ou des parcelles dans de nouveaux lotissements en zone VKP et, sans faire de construction, revendent l’are à prés d’ 1 millions de CFP : tout ceci est net d’impôts. La province, le gouvernement, les notaires et les agences le savent mais rien n’est fait pour interdire ces pratiques. La mise en place d’un système de plus-value/moins-value doit être créer et légiferer sur les abus de certains particuliers possédant de nombreuses parcelles nues qui en font une forme de commerce déguisé.
Effectivement, plus je lit les articles de François SERVE, plus je les trouvent pertinents, ici comme sur son blog( http://villes.blog.lemonde.fr/ ). Pertinents, mais non trop complexes, malgré que nous ne sommes pas tous ingénieurs dans le domaine de l’urbanisme, ils restent abordables par tous!
Toutes mes félicitations à l’auteur, pour sa prose prolixe mais de qualité(mais où trouve-t’il le temps d’écrire tous ça?)
@ le cagou masqué: comme dit l’auteur, la taxe de plus value immobilière a un effet pervers, il vaut mieux taxer celui qui ne fait pas construire dans la foulée de l’achat de son terrain, pour l’inciter a ne pas le garder nu dans l’éventualité d’une revente spéculative.
Cagou masqué, peux-tu expliquer ce que tu entends par système de plus-value / mois-value…S’il s’agit d’un impôt n’y-a-t-il pas le risque que le coût de cet impôt soit reporté sur l’acheteur et que finalenement ce dernier paie plus cher ?
en réponse à Servefa, le système de plus-value/moins-value qui existe en France peut se simplifier de la manière suivante. Si dans un delai inférieur à X années, le propriétaire revend son bien, la différence entre ce prix de vente et le prix d’achat du terrain à l’origine sera la somme qu’il devra verser au service fiscaux : ce propriétaire n’ayant pas investi pour mettre en valeur le terrain, il n’en ressortira aucun bénéfice financier. Il en va de même si il le vend à un prix inférieur à celui d’achat (moins-value).Ceci permet de limiter les spéculation abusive. Dire que le système est pervers, c’est possible mais il permet d’encadrer les prix de revente.