PENSEES URBAINES

Les blogs: info ou influence ?

Posted by servefa on Mardi 10 mars 2009 and filed under A la une, Actualité, Société, Media & Communication. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry - Article lu 2 793 fois

Le journal Le Monde a publié récemment un article très intéressant dont j’ai emprunté ici le titre. L’article s’interroge sur la prolifération des blogueurs “journalistes-citoyens”, de plus en plus pris en considération par les institutions, et observe, brièvement, les réactions de la profession face à cet avènement et à cette modification sur les porteurs de l’information. La Nouvelle-Calédonie n’échappe pas à ce phénomène. Le site Calédosphère a ainsi vécu une véritable mutation ces derniers mois. De blog personnel il s’est mué en véritable tribune politique où les joutes verbales fleurissent et illustrent la force des enjeux de la société calédonienne et la nécessité d’un lieu de débat public. Aujourd’hui pour débattre au sujet de l’emploi local, de l’immigration, de l’indépendance, les blogs s’imposent comme une tribune efficace, au-delà des forums politiques et des repas engagés en famille ou entre copains/collègues. Mais d’autres sites voient le jour et exploitent les possibilités de l’internet communautaire, ici un blog politique, là une association, et sur Facebook, il n’y a pas une semaine sans qu’un groupe calédonien associé à un débat de société (l’éducation, l’aménagement du territoire, un mouvement politique) ne soit créé.

emploi-local

Si les médias traditionnels sont toujours très influents, il est impossible de nier ce nouveau pouvoir de l’information que constituent les blogs et le web 2.0 en général. Évidemment, cela n’est pas sans poser quelques questions. Sur la profession de journaliste, qui me semble-t-il est finalement peu en danger, car bien souvent, les blogueurs-journalistes tirent leur source d’information des grands médias qui demeurent toujours des références d’une influence remarquable. D’ailleurs il convient de se demander si le phénomène des blogs n’accroit pas l’influence des principaux médias. Toutefois, le traitement de l’information chez les blogueurs est bien différent. L’information n’est plus un objet présenté au lecteur, et interrogé de manière factuelle. Le blogueur est le centre de l’information qu’il propose: il ne propose plus tant cette dernière et les questions qu’elle induit que la lecture qu’il en a fait. Le blogueur nous montre l’information telle qu’il l’a appréhendée, tel qu’il l’a digérée. Le sujet n’est donc plus analysé suivant une ligne éditoriale rationnelle et précise et correspondant à un ensemble de valeurs, mais au regard d’une sensibilité individuelle, avec toutes ses contradictions. L’institution journalistique est remplacée par l’émotion lyrique. N’y-t-il pas ainsi un risque de dérationnaliser complètement les débats ? Ne peut-on craindre que les blogueurs ne soient surexposés ? De plus, un homme politique parle au nom d’un parti dont il porte les idées issues d’une délibération publique interne au parti, un journaliste exprime une vision portée par une ligne éditoriale objet d’un consensus, quand le blogueur ne parle qu’au nom de son être, de son égo pourrait-on être tenté d’écrire. Il n’y a, en apparence, plus d’expression d’un pacte social ou d’une réflexion collective. Mais dans le blog, la réflexion collective est permanente, itérative même. Il n’y a qu’à suivre les commentaires des billets des blogueurs-journalistes pour comprendre que leur vision du monde mue au fur et à mesure de leur expérience et est façonnée par les réactions des internautes. La réflexion collective est désinstitutionalisée pour devenir plus diffuse, plus informelle. Un contrat tacite s’opère entre le blogueur et ses lecteurs.

Cela est caractéristique de la société informationnelle et de la nouvelle complexité de nos environnements. Le même glissement s’opère dans l’exercice du pouvoir où il n’est plus tant question de gouvernement que de gouvernance. Les frontières institutionnelles et hiérarchiques deviennent de plus en plus floues au fur et à mesure que l’information et la communication se déconnectent de la proximité spatiale et des voies de communications traditionnelles. C’est en cela que la notion d’influence prend tout son sens et que les blogs constituent réellement un pouvoir que les politiques et les médias traditionnels doivent prendre avec le plus grand sérieux. La délibération publique mettant en œuvre  le contrat social que constitue chaque loi, chaque texte réglementaire ne doit donc plus se contenter de la place publique, de l’assemblée, ou d’un passage télévisé: elle prend place aujourd’hui aussi dans ces nouveaux espaces d’expressions dont il faut désormais être attentif.

François SERVE

9 Responses for “Les blogs: info ou influence ?”

  1. pengcore dit :

    Mr Serve , je salue votre article . En effet internet est un espace de dialogue de plus en plus pris en compte. Reste cependant a bien exploiter, interpréter et prendre en compte ainsi le pouls ou les pouls ( tout comme les pouls dans la medecine chinoise) de la société calédonienne.Le tout pour agir et rester proche des citoyens et de l’environnement.

  2. Râââgnagnah dit :

    La question qui se pose est la suivante : le journaliste “reporter” indépendant (au sens littéral du terme : “celui qui rapporte les faits”, sans autre influence que la véracité de ces faits) peut-il encore exister ?
    Aujourd’hui, il n’est plus un seul “grand” média qui ne soit soumis, d’une manière ou d’une autre, à l’influence de ceux qui le financent (banques, groupements financiers, politiques, annonceurs…). La façon de “rapporter” les faits s’en trouve donc forcément orientée, dans la direction la plus favorable à ces appuis financiers ou à leurs sphères d’influence.
    Comme il est précisé dans l’article, le blogueur-journaliste “citoyen”, lui, n’a d’autre influence que sa propre sensibilité, sa propre conviction s’appuyant sur les faits plus ou moins altérés qu’il pêche à droite et à gauche et sur l’analyse qu’il en fait.
    Assaisonnée selon des intérêts politico-économiques ou servie à la sauce de sensibilités individuelles plus ou moins exacerbées, où qu’on aille la chercher, l’information n’en reste donc pas moins orientée. La seule information viable reste celle que nos propres sens nous communiquent : je crois ce que je vois de mes yeux, ce que j’entends de mes oreilles et ce que je sens, ce que je touche ou ce que je goûte. Le reste…

    Vous savez quoi ? C’était bien la peine d’inventer des moyens de communication capables de réduire la taille de notre planète à celle d’une balle de ping-pong. C’est la faillite prévisible du village planétaire. Blogs ou pas blogs, on n’a jamais été aussi mal informés…

    Rââââgnagnah

  3. Franck Theriaux dit :

    Un article que je découvre François. La pertinence est une Nouvelle fois au rendez-vous. Cool article, j’ai pris plaisir à le lire

  4. Kanou dit :

    « Le sujet de votre article est très intéressant, mais je ne partage pas votre avis sur tous les points. Vous avancez que sur les blogs : « Le sujet n’est donc plus analysé suivant une ligne éditoriale rationnelle et précise et correspondant à un ensemble de valeurs, mais au regard d’une sensibilité individuelle, avec toutes ses contradictions. L’institution journalistique est remplacée par l’émotion lyrique. N’y-t-il pas ainsi un risque de dérationnaliser complètement les débats ? ».

    Je ne voudrais pas polémiquer mais… le journaliste n’est-il pas lui-même un être doté de sensibilité, avec ses propres contradictions et ses propres valeurs ? Une ligne éditoriale rationnelle et précise n’est-elle pas édictée par une ou des personnes elle(s)-même(s) prisonnières de ses(leurs) propres valeurs, voire de leurs émotions parfois liées à leur histoire personnelle ? Un journaliste ne sombre-t-il jamais dans l’émotion lyrique pour augmenter le nombre de ses lecteurs ou gagner quelques points d’audimat ?

    En bref, si les blogs existent, c’est peut-être parce que certains ne se reconnaissent pas dans les « lignes éditoriales rationnelles et précises » qu’on leur impose. C’est peut-être parce qu’ils ont envie de communiquer –et de penser- autrement. »

    Kanou.

  5. Obama dit :

    Un peu auto suffisant comme démarche d’autant que comme chacun sait, calédosphère, nouvellecalédonie.infos, provinciales 2009, etc.. et j’en passe, sont gérés pour la même bande de copains. Ces renvois systématiques vers des liens d’un site vers l’autre et vise versa ne trompent personne. A quand une réelle ouverture vers d’autres blogs, d’autres médias même extérieurs au pays ? A moins que vous ayez peur de la concurrence ? Ben ça, les monopoles c’est le point fort de nous autres calédoniens !

  6. servefa dit :

    @ Kanou: le journaliste est certes doté de sa sensibilité mais son travail est constamment relu et contrôlé par un rédacteur en chef qui doit justement vérifier que le travail colle à la ligne éditoriale du journal. Une ligne éditoriale est le fruit d’un consensus entre plusieurs personnes, bien-sûr elle est influencée par la sensibilité des ses rédacteurs, mais elle aussi le produit d’une délibération publique, d’un contrat social, entre les journalistes d’une part et entre le journal et son lectorat d’autre part.

    @ Obama: mon but n’était pas de renvoyer la balle à Caledosphere, dont je n’ai jamais rencontré le gérant quand bien même nous participons ensemble à l’aventure de nouvellecaledonie.info . J’ai pris Caledosphere en exemple parce qu’il me semble que c’est un lieu de débat important. Il y en a d’autres dans la webosphère calédonienne, comme le forum yahoue.com mais ce n’est pas un blog, or le sujet de l’article parlait de l’influence des blogs. D’ailleurs tu remarqueras que l’article fait le lien avec un média national, preuve de ma volonté d’ouverture.

    Pour ma part, je ne crois pas vraiment en la notion de concurrence en matière de support d’information et de réflexion, mais au bouillonnement productif, aussi je ne suis pas vraiment du genre à soutenir des actions monopolistiques. Si tu connais d’autres blogs ou sites calédoniens qui sont sources d’autant de débats que Caledosphere je suis preneur pour m’en inspirer à l’occasion d’un prochain article.

    Enfin, n’oublie pas que tout le monde est invité à écrire sur nouvellecaledonie.info ce qui devrait être de nature à contribuer à son ouverture.

    Bien cordialement,

    François SERVE

  7. pengcore dit :

    A tous. Je félicite de courage des auteurs d’articles car se faire critiquer ne fait pas toujours plaisir, mais fait avancer la ou les pensées. Enfin c’est vrai a l’heure de la communication tout azimut , nous sommes mal renseignés, mais en droit français comme le dit l’adage nul n’est censé ignorer la loi, donc de s’informer. Reste que cette information doit être accessibble a tous.

  8. Tom Varennes dit :

    J’aime bien la phrase d’Obama: “sont gérés par la même bande de copains”.
    Chic alors, t’as vu Franck? t’as vu François? on est dans la même bônde de copains.

  9. Kanou dit :

    « La ligne éditoriale, « produit d’une délibération publique », tient-elle compte des aides de l’Etat à la presse qui sont de l’ordre de 1,4 milliards d’euros par an ? Non, bien sûr, la presse est INDEPENDANTE. Pour ceux qui en douteraient (oui, ceux qui animent des blogs par exemple), lire l’article du Monde du vendredi 6 mars, p. 2 « La presse écrite est-elle une forme de service public ? ». La ligne éditoriale, comme le dit Servefa est bien sûr « influencée par la sensibilité de ses rédacteurs », mais peut-être aussi par la bourse bien garnie dont ils bénéficient…

    Kanou ».

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