PENSEES URBAINES

Métissage et destin commun

Posted by admin on Dimanche 15 mars 2009 and filed under A la une, Opinions, Tribune Libre. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry - Article lu 2 947 fois

Le député Frogier déclarait aux Nouvelles Calédoniennes le 16 octobre 2008: « (…) ma conviction, c’est qu’à terme, la société calédonienne sera de plus en plus métissée.» Le sera t’elle vraiment ? De quel métissage parlons-nous ? Quelle est et quelle sera la place du métis dans notre société ? Comment se construit l’identité du métis avec ses racines différentes ? Ou encore : Le métissage est-il pilier du destin commun ?

mains

Le métis est par définition une personne dont le père et la mère sont d’origine ethnique différente. Nous parlons ici d’ethnie et pas de race car tous appartenons avec nos différences à la race humaine que l’on soit noir, blanc ou asiatique. Tel un enfant apprenant inconsciemment les deux langues différentes que maîtrisent ses parents le jeune métis s’appropriera peu à peu, avec préférence ou pas selon sa personnalité, les éléments culturels des deux ethnies. Il a donc dès sa naissance la chance d’avoir un univers plus riche que d’autres enfants et le mettra à profit à condition qu’aucun de ses parents ne fasse de complexe dans l’apprentissage qui lui est dévolu. Apprentissage et enseignement qui peuvent être mis en péril si le regard de l’Autre les juge et lui fait ressentir que ses doubles racines sont un poids, un inconvénient, une source d’exclusion.

Etre métis en Nouvelle Calédonie il y a de cela quelques décennies était sans conteste plus dur qu’à l’heure actuelle. Ces difficultés néanmoins ne provenaient pas de la double origine ethnique des parents mais surtout du regard et du jugement que les gens portaient. L’être humain a toujours voulu au fil des siècles contingenter, catégoriser, mettre dans des cases les gens, les identités, les cultures pour pouvoir plus facilement les hiérarchiser ensuite. Dans la norme collective, il était de mise que les blancs se marient entre eux, les asiatiques et les noirs de même ; ces derniers étant situés au bas de l’échelle. Ce cloisonnement ethnique, expression d’un racisme latent, ne pouvait dès lors que porter atteinte à ceux issus de deux groupes ethniques différents. Ces conceptions dépassées associées au contexte politique et historique des revendications kanak en Nouvelle-Calédonie ne pouvaient qu’être encore plus préjudiciable. Le métis devenait dès lors une forme de preuve de trahison entre des blancs forcément loyalistes et des kanak forcément indépendantistes.

Combien d’hommes, de femmes, d’enfants ont été ou sont encore rejetés à cause de ces idées démodées ? Nous en connaissons tous. Heureusement même si de tels points de vue ont toujours la vie dure ils sont moins acceptables. Aujourd’hui, être métis est moins problématique les gens dépassant peu à peu les clivages. Ils vont au-delà des idées, des couleurs et laissent parler leur coeur. N’oublions pas que le métis est avant tout l’union de deux êtres qui ont décidé de partager leur vie, leurs sentiments contribuant ainsi à l’édifice du destin commun.

Le métissage est ainsi à l’image du destin commun : c’est l’apprentissage du partage ! Or cet apprentissage s’inscrit dans un processus d’équilibre fragile qui peut être remis en cause comme Laurent Edo le soutient dans son article Métissage culturel.

« Le flux migratoire français actuel (…) réduit encore massivement l’espace d’expression et d’application de la culture locale. Il est influant notamment dans les sphères privilégiées économiquement et il est localisé dans le grand Nouméa, particulièrement dans les quartiers bourgeois de Nouméa Sud, la Dorade, Savannah… (…)

Du coup apparaît le danger de la limitation des espaces et des passerelles culturelles entre locaux et immigrants. La fixation des cultures dans des bassins géographiques et sociaux, ajoutée au phénomène cette fois de déculturation (…) posent problème. En ligne de mire de ce processus (…) se profile le danger d’une rupture sociale, d’un repli communautaire, de l’augmentation de la violence. »

Notre société sera-t-elle réellement de plus en plus métissée biologiquement et culturellement, comme en a la conviction le député, si le RPCR dont il est le chef continue de favoriser en même temps une non-régulation des flux migratoires ? Ce genre de politique porte préjudice au métissage et au projet de société que nous tentons avec enthousiasme de mettre en place depuis la signature de l’Accord de Nouméa.

Le développement du métissage favorisera indéniablement l’ancrage des racines d’une culture commune. Celle-ci se voudra sans nul doute à l’avenir l’une des pierres angulaires nécessaire à l’élaboration de l’édifice fondamental du destin commun, à condition que nous nous en donnions les moyens !

CONVERGENCE PAYS

14 Responses for “Métissage et destin commun”

  1. servefa dit :

    Effectivement il faut très prudent dans l’urbanisation du Grand Nouméa et ne pas la laisser aux seuls promoteurs (c’est pourtant ce qu’il se passe à Païta en ce moment…). La forme même des lotissements est très importante: http://villes.blog.lemonde.fr/2008/10/11/periurbanisation-non-durable-dans-le-grand-noumea-destin-commun-ou-repli-sur-soi/

    Faut-il toutefois contrôler durement l’immigration ? Le glissement du melting pot vers de le salad bowl aux USA ne s’est pas fait à cause de l’immigration trop importante, bien au contraire, mais du fait de facteurs socio-économiques portés vers la ségrégation.

    L’immigration, en Nouvelle-Calédonie, risque bien d’être une condition nécessaire à sa compétitivité, compétitivité si importante pour la bonne autonomie d’un pays. J’ai lu récemment un article scientifique sur l’autonomie des structures municipales aux Etats-Unis qui remarquait que les villes américaines n’avait qu’une liberté négative, une liberté d’action sans les ressources pour mener à bien les politiques publiques. Avoir une liberté positive signifie donc avoir des ressources pour pouvoir utiliser le champ de sa liberté (à tout le moins en politique publique). En ce sens la compétitivité de la Nouvelle-Calédonie est à ne pas négliger, et l’immigration un problème diablement épineux.

    Bien cordialement.

    François

  2. yoan dit :

    Le métissage est une des pierres angulaires, pas un des piliers

    Le metissage une des pierres angulaires du Destin commun bien sure, le pilier je ne penses pas. Le metissage est une réalité alors que le destin commun est une utopie.
    Je crois que de toute manière un calédonien est métissé intellectuellement qu’il soit de n’importe quel ethnie, il subit dès son enfance une acculturation au modéle occidental car il est soit descendant de colonisé soit descendant d’éxilés, soit descendant de colons.
    A chacune de ces catégories il y a des influences fortes de divers points culturels, je prends l’exemple du kanak qui a des repères culturels oceanien, s’adapte au monde du travail qui est occidental en parlant une langue différente. Le caldoche lui vit quasiment comme un kanak mis à part qu’il s’adapte mieux au shema dominant, le sien en l’occurence le modéle europeen. Il mange à peu près la meme cuisine que l’Océanien et pratique les meme loisirs (chasse et peche).
    Les “exilés” qui sont les populations non kanaks et non caldoches venues s’installer pour le travail sont au meme titre que les kanaks acculturés à un shéma occidental tout en essayant de conserver leurs cultures originels.
    Les rapports ethniques sont métissés avant meme le métissage biologique. De là à y voir un role dans le destin commun il y a un grand pas mais il contribue fortement à celui-ci.
    Que veus dire Destin commun, tout dépends du sens de ce mot qu’on interprète.
    Destin commun est-il egal à Paix civil? est-il egal à consensus? est-il stéril?
    Ce terme se définit dans le cheminement de convergence du pays comme une homogénisation de la future nation calédonienne. Je ne vois pas moi de paix civil sans démocratie certes mais sans combattre les inégalités sociales surtout.
    Pas de réequilibrage des richesses entre les ethnies, pas de collégialité dans l’exploitation de nos ressources, pas de politique d’évolution de la santé et de l’éducation à son potentiel maximun alors le destin commun ne restera qu’un terme vide.
    Mais avant toute chose le destin commun ne se définit qu’avec une citoyenneté établie, l’immigration contribue à enrichir notre pays mais elle peut s”averer néfaste aussi fortement qu’elle est positive.
    Avant de parler de Destin commun il faut définir les fondations de celui-ci, nous savons déjà que le métissage est la pierre, il nous beaucoup plus que ça pour construire cette comunauté de destin.

  3. Edou dit :

    Chère association “Convergence Pays”, je vous invite à mettre vos informations à jour car le RPCR n’existe plus. Il s’est mue depuis quelques temps déjà en Rassemblement-UMP. Par ailleurs, cette émigration que vous fustigez est néanmoins nécessaire car vous semblez oublier que certains postes ne peuvent être pourvus localement faute de candidats Calédoniens disponibles en quantités suffisantes. Bien souvent soit ils sont déjà employés donc non disponibles soit l’offre est tout simplement dérisoire (peu ou prou de candidats). Je pense là en particulier à des postes d’ingénieurs (notamment dans le domaine de la mine) ou de (chefs) comptables. Bien à vous, Edouard.

  4. bibi foc dit :

    comme d’habe! tout tourne autour du manque de compétence de la N.C! J’aimerais un jour avoir un vrai reçencement et compter ceux qui ne veulent pas revenir parce que pas de place ou pas dans la branche requis. Des années que l’on chante le même refrain et des années qu’à chaque fois nos enfants restent sur le trottoir. Même, je ne vois pas le problème avec le métissage? Le métissage est une richesse en plus pour la calédonie et si un pont a pu s’installer entre différentes cultures, tout est faisable! C’est juste une question de respect l’un envers l’autre. Se regarder à égalité: essayer de ne pas diminuer l’autre! Il faut y travailler…..;

  5. Un citoyen dit :

    Note à Edou : Le RPCR n’a pas changé, il a fait juste semblant, une sorte d’opération marketing … Quant à l’immigration, c’est un vrai problème. Ton argumentaire est juste aussi ridicule que celui de USTKE : Arrêtez les uns les autres avec vos poncifs.
    Il faut effectivement contrôler les flux, ce qui n’a jamais voulu dire qu’il fallait se priver de compétences. Commençons par faire un état des besoins et des compétences locales, augmentons les formations là ou il y a des besoins (infirmières locales, par ex), … Et vive le prochain recensement ! Dommage qu’il n’ai pas de case “métis”.

  6. GURRERA, L'INSOUMIS dit :

    L’idee de nous faire vendre que la culture du metissage est un remede aux prisons identaires c’est une abberation et une idee integralement mensongere. Je suis moi-meme metisse et je fus constemment pris a partit dans ce dilemme, cette dichotomie destructrice d’etre partage entre les deux provinces et deux cultures considerablement eloigne. La culture benetton pour moi ne constitue qu’un nouveau leurre qui favorise le recul des traditions relatives aux ethnies, pour moi le metissage demontre le declin de la societe capitaliste, tous ces phenotypes qui disparaitraient pour se melanger a l’uniformisme racial avec comme baggage la culture mondialisee: je dis stop…Les indigenes ont assez souffert pour qu’en plus on leur vendent le remede du metissage, regardons ensemble l’histoire et la population arborigene, elle a simplement disparu sous le flux migratoire cosmopolite et arriviste qu’incarne l’empire occidental, en plus d’avoir ete victime d’un genocide. Concernant l’immigration lisez Marx et l’armee de reserve du capitalisme..Pour moi ces immigres demain aideront a faire baisser nos acquis sociaux puisqu’on les emploie moins cher.

  7. REBEL dit :

    salut , moi je suis métisse , mais avec ce parti polique ingras , beaucoup de personne de nouméa sont perdu,car beaucoup de blanc ce croivent supérieur a nous .je ne suis pas raciste au contraire mais je n acepte pas les grande gueules de zozo , qu il s nous prennent pour des incapable.

  8. Les partis politiques loyalistes se servent beaucoup de ce slogan pour mélanger
    les gens dans une grande confusion culturelle, sachant que les affaires de la cité
    sont à la fin de la journée une affaire entre deux modèles

    - le néo ultra libéralisme qui pervertit la pensée humaniste

    - le néo minimaliste qui donne le squat et la misère

    Il n’y a qu’à voir les conditions de vie des Nouméens, en prenant le plus pauvre
    et le plus riche,
    la disparité est de l’ordre d’un facteur 10000! Qu’ont fait ces hommes politiques depuis 20 ans?

    Que ne vas t’on pas inventer pour récolter des voix aux élections provinciales

  9. SIDEN dit :

    Moi aussi je suis métisse et je ne me retrouve dans aucun parti politique, surtout pas les loyalistes qui pronent une politique d’affairistes et qui privilégient leur partenaire de Medef tous blanc. Il y a eux et nous autres qu’on demande de voter pour des promesses illusoires. Le mutisme des politiques sur le reportage M6 me fait froid dans le dos, certains d’entre nous sont outragés par le portrait dréssés des gens d’ici ainsi que le discours du Medef. Ils manque des Caledoniens compétents, on préfère engager des métropolitains qui ont certes plus d’experiences sur le papier (Les champions du CV) mais qu’ils ne valent rien sur le terrain et osent même donner des leçons. Qu’on nous parle pas de destins communs alors que l’on est incappable de recenser le nombre de locaux talentueux sur notre caillou et de leur donner du travail, je suis sure qu’ils y’en a beaucoup mais je prends le problème dans l’autre sens maintenant, des patrons Métropolitains, combien y en a t’il ici? Sont t’ils tous compétents?

  10. Stéphane Hénocque - Convergence-Pays dit :

    Bonjour à tous,

    Effectivement, toutes ses questions relatives à l’identité sont très sensibles. Nous avons organisé deux conférences sur ce thèmes en déc et jan. C’était très émouvant. Il faudra remettre ça à l’occasion, pour qu’on puisse libérer la parole sur ce point.

    N’hésitez pas à m’écrire à s.henocque@convergence-pays.nc, nous en parlerons.

    A bientôt,
    Stéphane Hénocque 81 63 33.
    ps : voir aussi notre site web sur ce point : http://www.convergence-pays.nc

  11. Fabien dit :

    Yoan

    Tes interventions seraient mille fois plus enrichissantes si tu nous épargné ton lavage de cerveau “anti-colonialiste”. Cependant, comme tu le dit toi même, “Ce terme [Le destin commun] se définit dans le cheminement de convergence du pays comme une homogénisation de la future nation calédonienne.”; ce qui me surprend c’est que a aucun moment n’apparait l’idée d’homogénéiser par l’éducation !! Comme apprendre certaines langues mélanésiennes, ou encore des cours d’histoire de la Calédonie (mais qui ne ce limiterais a l’école primaire mais ce prolongerait jusqu’au lycée, incluant les spécificités de l’ile),les cours s’appliqueraient aussi aux nouveau arrivants afin qu’ils comprennent et s’adaptent mieux au principe de vie calédoniennes.
    D’un avis purement personnel, les problèmes ethniques sont un faux problème car il sont seulement le résultat de plusieurs éducation et valeur différente. il serait intéressant de construire une éducation commune basé non sur la culture mélanésienne seul mais sur l’ensemble des culture présente.

  12. célibataire dit :

    Débat mouvementé …. vive le métissage, sinon je ne serai pas né

  13. serpentar dit :

    bravo Siden ! j’aurais pas trouvé mieux comme réplique à la soit disant supériorité “de la valise diplomatique” des zors.
    Beaucoup donc, de ces “diplômés” zors en effet, se font former par “moins compétents” qu’eux sur différents jobs postulés , parait il qu’il existe une filière de faux diplômés sur le territoire ceci explique t il cela …
    Moi quand je vois le “paysage” urbain de Noumea et de ses banlieues,je me dis :”ben merde alors,cette putain de cité avec ses grands ensembles immobiliers,ses belles villas cossues ses artères routiers,ses bâtiments publics récents etc etc. … tout çà a été fait par des analphabètes,des incapables,des vauriens encadrés par une dizaine d’architectes ?”
    Ben chapeau bas messieurs les non diplômés les non machin quoi là !!!

  14. serpentar dit :

    “yoan dit :
    16 mars 2009 à 8 h 46 min
    Le métissage est une des pierres angulaires, pas un des piliers
    Le metissage une des pierres angulaires du Destin commun bien sure, le pilier je ne penses pas. Le metissage est une réalité alors que le destin commun est une utopie.
    Je crois que de toute manière un calédonien est métissé intellectuellement qu’il soit de n’importe quel ethnie, il subit dès son enfance une acculturation au modéle occidental car il est soit descendant de colonisé soit descendant d’éxilés, soit descendant de colons.
    A chacune de ces catégories il y a des influences fortes de divers points culturels, je prends l’exemple du kanak qui a des repères culturels oceanien, s’adapte au monde du travail qui est occidental en parlant une langue différente. Le caldoche lui vit quasiment comme un kanak mis à part qu’il s’adapte mieux au shema dominant, le sien en l’occurence le modéle europeen. Il mange à peu près la meme cuisine que l’Océanien et pratique les meme loisirs (chasse et peche).
    Les “exilés” qui sont les populations non kanaks et non caldoches venues s’installer pour le travail sont au meme titre que les kanaks acculturés à un shéma occidental tout en essayant de conserver leurs cultures originels.
    Les rapports ethniques sont métissés avant meme le métissage biologique. De là à y voir un role dans le destin commun il y a un grand pas mais il contribue fortement à celui-ci.”
    _________________________________________

    bien dit Yoan …

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