PENSEES URBAINES

Vidéosurveillance à Nouméa: faut-il reproduire les échecs des autres ?

Posted by servefa on Mercredi 25 mars 2009 and filed under A la une, Opinions, Tribune Libre. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry - Article lu 1 991 fois

“Toute erreur est une joie car elle permet d’apprendre”, telle avait été la réponse du politique et économiste Alain Lipietz, fugace candidat aux élections présidentielles de 2002 sous la bannière des Verts, aux journalistes qui l’interrogeaient sur son abandon (forcé) dans la course au poste suprême de la République.

“Toute erreur est une joie car elle permet d’apprendre”.  La Nouvelle-Calédonie, dans son éloignement de la folle frénésie du monde occidental, voit venir les difficultés de loin et peut apprendre des erreurs des autres. Pourtant elle plonge souvent avec un rare empressement dans des politiques publiques dont le succés n’est pas la qualité première. Parmi ces politiques nous pouvons citer par exemple la vidéosurveillance des lieux publics extérieurs.

Le sujet a fait l’objet d’un débat timide dans la presse en Nouvelle-Calédonie, après l’annonce de la mise en place de caméras à la place des cocotiers. Mais ce dernier est en ce moment même sujet à une bataille médiatique teintée de désinformation dans les grands médias nationaux français. Entre des effets d’annonce glorieux souhaitant prouver la bonne réussite des dispositifs, et des articles relevant qu’aucune preuve n’a jamais été avancée de leur efficacité et citant à l’envi les exemples des pays anglo-saxons, qui ont une avance certaine dans le domaine, les discussions sur le sujet ne manquent pas. Et il faut apprendre des autres, car que dire de Londres où le chef de la police a parlé de véritable fiasco pour décrire l’expérience londonienne de la vidéosurveillance des lieux publics extérieurs ? Pourtant les anglais y connaissent un rayon dans le domaine, on compte dans le pays 4,2 millions de caméras de surveillance – soit une pour quatorze personnes !

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Par ailleurs, on ne peut que s’étonner, alors que la mode est de filmer avec cynisme ses incivilités avec son téléphone portable, de penser qu’une caméra peut dissuader d’une quelconque action délinquante. Par ailleurs, alors que certains mettent le doigt sur les “jeunes en cagoule” la promotion d’une videosurveillance qui tend à la myopie devient paradoxale.

Car l’efficacité de la videosurveillance n’a pas encore été démontrée. Certains affirment même que “la vidéosurveillance est aussi efficace que des boîtes en carton peintes en noir sur des poteaux“. De plus la vidéosurveillance n’a qu’un effet que très réduit sur la prévention de la délinquance et elle se montre peu efficace pour élucider les crimes et délits. Ainsi, toujours à Londres, dans les bus équipés de pas moins de 12 caméras, seulement 5% des vols auraient été élucidés grâce à la surveillance vidéo…

La lutte contre la délinquance doit-elle vraiment passer par une surveillance généralisée ? Ne faut-il pas s’attaquer aux fondements plus structurels de la délinquance ? Ne faut-il pas plutôt s’interroger sur l’urbanisation rapide qui s’opère sur fond de déracinements multiples, d’extrême hétérogénéité sociale et culturelle, de déstabilisation permanente des activités, des statuts sociaux et des mentalités ? Ne faut-il pas utiliser les richesses du pays et ses compétences pour accompagner au mieux ce phénomène plutôt que dans des politiques qui, a priori, semblent stériles ? N’est-il pas temps de mettre à profit l’expérience des autres pays pour porter un regard critique et innovant sur les erreurs à ne pas reprendre ?

Pour creuser le sujet, outre les liens mis tout au long de l’article:

Le rapport d’information de la commission des lois du Sénat.

Le rapport de la commission nationale de la vidéosurveillance.

Un article de Rue89 rédigé par Noé Le Blanc, un chercheur qui a réalisé une revue de la littérature sur le sujet.

La page Wikipedia sur l’Ecole de Chicago, qui est une école de sociologie qui s’intéresse à la criminologie et à la déliquance avec une vision urbanistique et ce dès la fin du XIXème siècle…

François SERVE

P.S : Il est rappelé que Geckonews est un média d’information où chacun peut écrire et publier, sous réserve de modération, des articles et des réflexions.

13 Responses for “Vidéosurveillance à Nouméa: faut-il reproduire les échecs des autres ?”

  1. pengcore dit :

    La meilleure réponse envers la délinquance reste le courage et le civisme dans une société qui tend vers l’individualisme c’est de moins en moins fréquent. Par ailleurs la justice des blancs n’est pas forcement adaptable ni transposable à toutes les sociétés. Enfin elle avantage surtout ceux qui savent tourner les mots, les phrases en leur faveur et donc tourner le tout en dérision.Au bout du compte plus rien ne fait peur, plus rien ne disuade, et tout est permis !!!!

  2. servefa dit :

    Etonnant que cet article ne provoque pas plus de réaction.

    J’apporte encore un peu d’eau à mon moulin avec cet article de bakchich.info http://www.bakchich.info/La-videosurveillance-nouveau,07166.html

    Il serait intéressant que d’autres points de vue soient apportés par des internautes (et pourquoi pas par la mairie de Nouméa ?).

  3. servefa dit :

    Le grand gaspillage d’argent public commence:

    http://www.lnc.nc/articles/article_70998_244757.htm

  4. JPL dit :

    Pas de manichéisme:
    La vidéosurveillance est sans doute temporairement efficace, quand elle reste mystérieuse pour une grande partie de ceux qu’elles ciblent,
    et géographiquement efficace, quand elle concerne des lieux symboliques.
    Les radars automatiques, en petit nombre, ont fait rentrer beaucoup d’automobilistes dans les clous.
    Comment pourrait-on transposer des expériences anglaise et même métropolitaine à la Calédonie? Il y a un océan entre les délinquants de ces pays.
    Le vrai problème est quoi faire des bandes vidéo. Sans justice en phase avec cette politique…

  5. servefa dit :

    Le radar automatique a pouvoir de verbaliser directement un possesseur d’automobile. La vidéosurveillance ne propose pas la même démarche. Mais je t’accorde toutefois que mon intervention précédente manquait de nuance.

    S’il fallait accorder le bénéfice du doute à la réussite du système en milieu océanien, alors peut-être qu’une expérience modeste aurait pu être tentée.

    Mais je reste assez peu convaincu de l’efficacité du procédé. Et si un océan sépare les délinquants européens des spécimens locaux je ne vois pas pourquoi il jouerait justement sur l’effet préventif de caméras de vidéosurveillance, alors même que le port des capuches est stigmatisé.

  6. thierry dit :

    citation amediter :

    si tu préfères sacrifier ta liberté pour un peu de securité, tu ne merites ni l’un ni l’autre.

    Thomas Jefferson 1743 - 1826
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Jefferson

  7. Fabien dit :

    thierry

    la liberte n’a rien a voir avec des cameras, les cameras n’empecherons pas les delinquants de brisee la loi, mais apporte une solution pour resoudre bon nombre d’incivisme.
    concernant la securite on peut aussi avoir un fusil sur soi non??? Tant qu’a etre libre soyont arme.
    big brother watching you n’est un problem que lorsqu’il entraine une modification de tes liberte
    Et enfin, la citation que tu te permet de prendre a jefferson est sorti de son context et ne s’applique en aucun cas a une surveillance accru.

  8. Saperlipopette...LeCaveSeRebiffe dit :

    Attention, billet inutile:

    “Mais si c’est bien les caméras, comme çà on sera tous des stars de la TV et on pourra se regarder le nombril tranquille dans nos beaux porches “caca d’yiennes”. Remarque qu’il n’y a pas besoin de cette voiture pour çà..y’en a un paquet ici qui portent même des lunettes en forme de nombril..hihihihhih!”

    Aller, ne manquez pas les urinoirs..Salut main’nant.

  9. coco dit :

    Bonjour à tous, ce sujet m’intéresse énormément et j’espère que je trouverais ici des commentaires percutants. Pour ma part, je suis d’accord sur le fait qu’il serait bcp mieux de s’attaquer “aux fondements structurels de la délinquance” mais nous savons tous ici que c’est utopiste dans l’immédiat et que cela nécessiterait une remise en question de l’Education, de l’Etat, du système dans lequel nous vivons et cela est impossible. Pour ma part, je dois avouer qu’en étant une femme pas trop moche, je me sentirais soulagée, rassurée de sortir dans des endroits publics quadriller par des caméras videos en espérant que si je me fais agresser dans la rue, une personne bien veillante (derriere les écrans) puisse donner l’alerte même s’ils sont en grève (ref le drame de la place des cocotiers 2008). Je ne vois pas le problème d’avoir des caméras dans les lieux publics sachant que de toutes manières nous devons avons un comportement civique en société et que seules les personnes ayant qlques choses à se reprocher y verraient là une atteinte à “leur liberté”. Liberté voilà un mot qui veut dire tant de choses et utilisé à tout va. Nous avons la chance de vivre dans un pays où nous sommes libres mais où des règles ont été créé pour que cela ne soit pas l’anarchie et savoir ce comporter en société en fait partie mais malheureusement oublié par les jeunes et:ou par certaines catégories socio professionnelles, par manque d’éducation certainement. Je remarque néanmoins une montée de la petite délinquance et de comportement douteux dans les lieux publics et je pense qu’une des solutions est de sécuriser certains point chaud, névralgiques par de la video surveillance.

  10. Maon dit :

    Valab’ la vidéo surveillance, ça coûtera des millions pour voir des déliquants couverts de capuches et méconnaissables…
    Ou comment faire marcher le buisness du pote à l’autre politique…

  11. servefa dit :

    Bonjour Coco,

    Je comprends qu’un quadrillage de caméras vous rassure, mais malheureusement, cela restera de l’ordre du psychologique puisque les expériences dans le monde montre que cela ne permet pas d’améliorer le niveau de sécurité des passants, et je doute qu’en matière de sécurité publique l’effet placebo soit efficace. Je t’invite èa lire attentivement les différents liens mis dans l’article, c’est édifiant !

    Peut-être serait-il plus efficace de multiplier les éducateurs ou ce que les québécois appellent ” police communautaire” qui ressemble peu ou prou à la police de proximité créée par le gouvernement Jospin.

    Si tu as le temps et le goût de lire, un autre article: http://www.monde-diplomatique.fr/2002/05/WACQUANT/16519

    A bientôt et bon courage.

    Bien cordialement,

    François

  12. G. Poux dit :

    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/08/21/01016-20090821ARTFIG00361-videosurveillance-le-rapport-qui-prouve-son-efficacite-.php

    Vidéosurveillance : le rapport qui prouve son efficacité

    EXCLUSIF - Un rapport confidentiel, dont Le Figaro a pris connaissance, conclut, après analyse des statistiques de la délinquance sur la période 2000-2008, à l’effet dissuasif des caméras sur la voie publique.

    «L’analyse des statistiques de la délinquance montre un impact significatif de la vidéoprotection en matière de prévention puisque le nombre de faits constatés baisse plus rapidement dans les villes équipées que dans celles où aucun dispositif n’est installé» . Les crimes et délits y chutent même deux fois plus vite qu’ailleurs. Les conclusions du rapport dont Le Figaro a pris connaissance mettront-elles un terme à la polémique sur les dangers réels ou supposés des caméras sur la voie publique ? A l’heure où le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, promet d’en tripler le nombre, «de 20 000 à 60 000 d’ici à 2011», ce document, daté de juillet 2009, témoigne, à tout le moins, que l’hôte de la place Beauvau avait pris quelque garantie avant de s’engager.

    L’intérêt de l’étude tient d’abord à la qualité de ses auteurs : l’Inspection générale de l’Administration (IGA), en tant que coordinateur, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) et l’Inspection technique de la gendarmerie nationale (ITGN). Des services au dessus de tout soupçon. Ils avaient été saisis en février pour «évaluer et quantifier l’efficacité de la vidéoprotection». Leur travail a porté sur l’ensemble de 63 brigades de gendarmerie couvrant un territoire équipé de plus de dix caméras et sur le tiers des 146 circonscriptions de police dotées de moyens de vidéoprotection, d’Enghien-les-Bains (12 000 habitants) à Lyon (480 000 habitants) en passant par Nice, Montpellier, Tourcoing, Mulhouse et tant d’autres communes, grandes ou petites.

    Plus de cinq millions de personnes vivent dans les secteurs concernés. Pour ne pas être taxés d’avoir privilégié une période favorable, les «incorruptibles» de l’administration ont même analysé les chiffres sur neuf ans, de 2000 à 2008. Et ils battent en brèche bien des idées reçues.

    Les caméras, inefficaces contre les violences ? Faux. «L’impact le plus significatif concerne les agressions contre les personnes où la progression a été mieux contenue dans les villes équipées de vidéoprotection», révèlent-ils. Depuis 2000, en zone police, alors que ces actes ont grimpé de plus de 40 %, ils ont augmenté deux fois moins vite dans la cinquantaine de villes vidéoprotégées. Même constat chez les gendarmes. «La densité de caméras a un effet préventif pour les agressions contre les personnes», constatent les enquêteurs. A les lire, en effet, pour obtenir du résultat, il ne faut pas hésiter à investir. «Une densité trop faible ne permet pas, disent-ils, de maîtriser les agressions puisqu’en dessous d’une caméra pour 2000 habitants, les agressions contre les personnes progressent même plus vite (+ 44,8 %) que dans les villes qui n’ont aucun équipement (+40,5 %)». En clair : les systèmes vidéos alibis ne font pas peur aux délinquants, qui savent très bien faire la différence entre un système opérationnel et un dispositif obsolète. Et ils endorment la police.

    Pas de dissuasion sans sanction pénale

    Les caméras ne sauraient néanmoins se substituer aux agents. «La vidéoprotection n’est pas une fin en soi, rappellent les inspecteurs, elle n’identifie pas seule les victimes ou les agresseurs». Selon eux, «elle n’a ensuite un véritable impact répressif et dissuasif que si une sanction pénale est prononcée par une juridiction à la suite de la constatation d’une infraction et de l’arrestation de ses auteurs».

    Autre surprise de leur rapport : contrairement à un préjugé véhiculé jusqu’au Parti socialiste, «l’effet plumeau, c’est-à-dire un déplacement de la délinquance vers les zones non couvertes, ne semble pas avéré», écrivent-ils. Et cela se vérifie «tant au regard des témoignages reçus des responsables de la police et de la gendarmerie nationale, qu’à la lumière des chiffres de la délinquance qui ne montrent pas de dérives vers les zones non vidéoprotégées».

    L’effet préventif des caméras serait donc une réalité. Mais qu’apportent-elles à l’enquête ? «Mesuré globalement, l’impact sur le taux d’élucidation reste encore peu marqué dans les villes équipées de vidéoprotection, même si un nombre croissant de personnes est mis en cause ou identifié grâce aux caméras», écrivent les inspecteurs. Car seuls les dispositifs à haute qualité de résolution d’image permettent de confondre sans coup férir les délinquants. Or ils sont rares. Les rapporteurs font aussi ce constat : «Les membres des équipes du grand banditisme gardent leur sang froid dans l’action, même lorsqu’ils se savent filmés par une caméra de surveillance, utilisant divers équipements, matériels et méthodes pour ne pas se faire identifier (cagoules, masques, véhicules volés, voire brassards de police…)» Éternel combat du glaive et du bouclier.

  13. servefa dit :

    Etrange, les services français sortent des rapports favorables, quand les britanniques, qui ont 20 ans d’avance dans le domaine, disent le contraire: http://news.sky.com/skynews/Home/UK-News/Internal-Police-Report-Recommends-New-Focus-On-CCTV-Saying-Current-Use-Is-Ineffective/Article/200908415367491

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