PENSEES URBAINES

Dumbéa-sur-Mer, une extension urbaine novatrice

Posted by servefa on Vendredi 17 avril 2009 and filed under A la une, Opinions, Tribune Libre. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry - Article lu 4 176 fois

Dernièrement, et à plusieurs reprises, l’extension urbaine de Dumbéa-sur-Mer a été l’objet de reportages des médias. D’une part pour présenter le projet, en particulier lors d’un reportage sur RFO, et d’autre part au sujet du bilan carbone établi sur la Zone d’Aménagement Concertée. (Pour rappel, le bilan carbone est un outil de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre, c’est à dire des gaz qui contribuent au réchauffement de la planète).

Ayant un peu participé au projet, j’ai été tristement étonné de constater que les caractéristiques innovantes de Dumbéa-sur-Mer, véritable quartier imaginé comme un ensemble cohérent et non comme une juxtaposition de lotissements, furent si peu, voire pas du tout, soulignées.

En effet, la principale nouveauté de Dumbéa-sur-Mer, qui est à mon sens son aménagement autour d’un voie de transports collectifs en site propre, n’a même pas été abordée. Pourtant, la conception des lieux a anticipé la détérioration toujours plus grande des conditions de circulation dans le Grand Nouméa tout en proposant une solution respectueuse de l’environnement : des voies réservées pour les transports collectifs seront construites immédiatement et les carrefours ont été imaginés pour favoriser leur efficacité. Ainsi, lorsque il y aura un système de transports collectifs en site réservé dans le Grand Nouméa, ce qui est souhaitable le plus rapidement possible, Dumbéa-sur-Mer sera prêt.

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Autre approche intéressante dans le nouveau quartier, l’aménagement des parcours pédestres et cyclables. Car si la topographie chahutée du site conduira à quelques rues pentues, les déplacements piétons et cyclistes seront favorisés par un important réseau de pistes cyclables et, dans chaque rue, des trottoirs revêtus. Les chronogrammes réalisés sur l’extension urbain montrent ainsi que la plupart des déplacements en cycle d’un point à l’autre de la ZAC (hors Pointe Apogotti) prendront moins de dix minutes et que la liaison entre de nombreux pôles stratégiques du quartier (par exemple entre un collège et une salle de sports, ou une école) sera inférieure à un quart d’heure par la marche. Le tout dans un environnement sécurisé par de l’éclairage public, des trottoirs larges, et des vitesses automobiles maîtrisées. Un quartier qui est conçu pour permettre la cohabitation des différents modes, voilà une véritable nouveauté dont il faut se féliciter dans le Grand Nouméa.

Par ailleurs, la protection et la valorisation de l’environnement n’est pas en reste. La gestion des eaux pluviales a été élaborée de façon à minimiser les impacts sur le milieu récepteur (notamment par la création de bassins de rétention). De plus, un partenariat avec le Programme forêt sèche et l’Institut Agronomique Calédonien (IAC) aboutira à la revégétalisation de la forêt sèche du Pic aux morts et à l’aménagement paysager des espaces publics des ZACs. Enfin, le littoral sera entièrement aménagé et un parc public « mangrove et forêt sèche» verra le jour.

L’ensemble de ces mesures montrent la volonté des aménageurs de concevoir un quartier intégré à son environnement et en phase avec les grandes orientations mondiales en matière de protection de l’environnement. Revenons-en d’ailleurs aux résultats du bilan carbone établi à la fois sur Dumbéa-sur-Mer et sur son sa voisine, zone d’activités artisanales et industrielles, la ZAC Panda. Car ces résultats sont tout à fait intéressants et soulignent l’importance des transports dans les questions environnementales. En effet, le calcul du bilan carbone montre que le principal poste d’émission de GES (Gaz à Effet de Serre) viendra, pour les deux ZACs, des transports de personnes, autrement dit, essentiellement des gaz d’échappement des véhicules. Nous voyons bien ici que l’urbanisation tout-automobile du Grand Nouméa présente d’importantes limites dans une logique de participation collective à la lutte contre les changements climatiques.

Evidemment, il est toujours possible de penser que nos efforts sont bien minimes face aux hordes de pollueurs qui vivent aux Etats-Unis, en Chine ou ailleurs. Il s’agit bien du défi de la lutte contre les changements climatiques: penser global pour agir local, quelque soit le comportement du voisin, afin de prendre conscience que chaque geste compte pour initier un effet domino positif. Par ailleurs, le transport est, dans la plupart des pays du monde, même dans ceux qui ont des industries très polluantes, comme le Canada ou les Etats-Unis, la première source d’émission de GES. Inutile donc de se cacher derrière les grands projets industriels pour ne rien faire dans ce domaine : il est grand temps de changer ses habitudes de déplacements. Par conséquent les décideurs se doivent de prendre leurs responsabilités afin d’être efficaces pour proposer un système de déplacement propre et agréable, sans favoriser les déplacements automobiles (c’est à dire en évitant de proposer toujours plus de places de stationnements et d’investir dans des infrastructures aux seules fins de l’automobile). Bien-sûr, cela génère un conflit entre l’individualisme triomphant de l’époque contemporaine et la nécessité de modifier nos comportements pour l’intérêt planétaire. La résolution de la confrontation entre l’EGO(ïsme) et l’ECO(logie) est ainsi au cœur de nos sociétés, mais l’aménagement de la ZAC de Dumbéa-sur-Mer constitue, selon moi, une proposition de solution novatrice en Nouvelle-Calédonie, et, même si tout n’est pas parfait dans cette ZAC, même s’il reste beaucoup à faire, il serait dommage de ne pas le souligner.

François SERVE

32 Responses for “Dumbéa-sur-Mer, une extension urbaine novatrice”

  1. pablo dit :

    Bonjour,
    Je vois que le sujet vous tiens à coeur et vous avais bien raison de le souligner. Je pense que l´élaboration de cet ensemble urbain répond aux exigences de notre nouveau millenaire. Face à une industrie du nickel trés poluante je trouve que construire propre permet de compenser les effets negatif de l’activité minière .
    Il n’est plus concevable de construire neuf sans prendre en consideration ces critéres.
    Si c’est une première en caledonie j´espere que ce ne sera pas la dernière. Surtout avec un grand noumea qui ne cesse de s’etaler augmentant toujours plus les distances. Peut etre qu’il fraudrai aussi promouvoir la réhabilitation de zone centrique en favorisant un developpement urbain verticlal car les distances engendrent beaucoup de problemes de transports et donc de polution. Par contre vous ne parler pas de mixiter sociale dans votre article.
    Est ce que des logements sociaux seront présents dans cet nouvel ensemble. Je pense en effet qu’au meme titre que la mobilité et l’environement, la mixité sociale fait partie des priorités dans l’elaboration de nouvelle urbanisation.
    Ainsi ont favorise le developpement d’une societé saine et agreable tant sur le plan ecologique que social.

    Pablo

    Ps: desolé pour les fautes

  2. pengcore dit :

    Merci pour la contribution Mr Serve. Il est grand temps de s’interesser a la préservation de l’environnement. Il est bien de concevoir des projets, mieux aussi de gérer l’existant! A savoir que tout les jours je roule derrière et en compagnie de véhicules qui ressemblent a des poulpes et rejettent des nuages de fumées noires à étouffer des décusus! Il est aussi possible de citer d’autres exemples, l’usine SLN, notre tout a l’égout etc… Mais le plus grand défi face a celui de construire propre reste celui D’EDUQUER la population.
    Bien a tous

  3. Troll Hey ! dit :

    Pour la mixité, ce sera du mini 50% de logements sociaux, raison fiscale oblige pour gagner 5%…..Du jamais vu à cette échelle, et çà, c’est novateur., lol ! nimportenawak !

  4. servefa dit :

    Je ne suis pas bien favorable à une part aussi importante de logement social (mais il y a des discussions réglementaires sur la question, à propos des logements intermédiaires), toutefois, lorsque tu dis “du jamais vu à cette échelle” je t’invite à aller voir ce qu’il se fait ailleurs. Par exemple le quartier de Lyon La Duchère, qui a connu jusqu’à 20 000 habitants, comprend 80% de logements sociaux, et en comprendra, avec son réaménagement, 60% en 2012.

    Il ne s’agit sûrement pas d’un exemple souhaitable pour la Nouvelle-Calédonie, mais Dumbéa-sur-Mer ne proposera pas la même densité et il a été essayé de ne pas constituer des “ghettos” de logements sociaux (qui sont par ailleurs indispensables dans le Grand Nouméa où la surpopulation dans les logements existants atteint des records).

    François

  5. pablo dit :

    bonjour;
    50% me semble etre une part trés important, ce chiffre est il sur?
    En france le nombre de logement sociaux part commune doit etre de 20% par commune d’ici a 2020. Je ne sais pas si il y a des lois differentes sur le territoire? Mais la loi sur le renouvelement urbain francaise impose ce nombre afin de lutter contre les banlieues ghettos.
    Il me semble bizard qu un nouveaux projet comme celui de dumbea prenne ce chemin la. Est tu sur de t es source TROLL HEY?
    Aujourd’hui un article des nouvelles parle du quartier de Saint Quentin et du manque de mixité sociale, il tombe bien car il apporte des elements a ce debat.
    Merci a tous.
    Pablo

  6. servefa dit :

    Pablo, effectivement 50% c’est beaucoup et je crains que Troll Hey ait pointé ici un sujet délicat au sujet de cette ZAC qui nécessite encore des discussions importantes (mais il est aussi essentiel que les opérateurs sociaux disposent d’autres terrains pour leurs logements, il ne sert à rien de critiquer sans proposer).

    En France, la loi SRU impose, dans son article 55, un minimum de 20% de logements sociaux par commune, mais d’ores et déjà, une ville comme Ivry, en dispose 40%.

    Dans les pays du nord de l’Europe, les projets urbains semblent avoir des fonctionnements intéressants avec des proportions de l’ordre de 30/35% de logements sociaux. J’ai vu une conférence la-dessus. Je cherche des sources en français et si je les trouve je vous les mettrai en partage.

    Bien cordialement,

    F

  7. Troll Hey ! dit :

    Pablo, c’est “public” ces données.
    François, quand j’écris du jamais vu à cette échelle, c’est le cas. 6 000 logements dont 3 000 en secteur aidé, ce qui fait 20 000 habitants dans une Commune qui en compte actuellement 20-25 000….et en 7 ans (source P Gomès podcast Calédosphère)…
    La Duchère, c’est dans une agglo de + d’UN MILLION d’habitants.
    DSM, cela donne le vertige. Que dis-je, cela fout les jetons ! Même si derrière il y a une vraie raison, le remède pourrait être pire que le mal….On en reparle dans 10 ans. Mais je ne vois pas pourquoi ce qui a échoué ailleurs (ma 6T va cracké - B13 - B13U,….) réussirait comme par miracle ici.

  8. servefa dit :

    Troll Hey, remarquons quand même que ces logements sociaux ne sortiront pas de terre du jour au lendemain et que d’ici là il pourra être trouvé des arrangements réglementaires. En attendant, le transport collectif en site propre, les trottoirs revêtus, les bassins de retenue, eux, seront toujours là.

    Mais je crois que nous avons le même point de vue.

    François

  9. Troll Hey ! dit :

    Certes, nous avons le même point de vue ….Quant aux logements sociaux, c’est eux qui sortent les premiers en ce moment, vu le nombre de grues que l’on voit.
    Et quand çà sera bien rempli, …..

  10. servefa dit :

    Évidemment quand on lit cela:

    http://www.lemoniteur.fr/191-territoire/imprimer/605093-ecoquartier-pour-sortir-du-flou-par-rodolphe-deborre

    On se dit qu’il reste encore du boulot, à Dumbéa-sur-Mer, certes, mais que dire d’autres “quartiers” comme Savannah, Val Boisé, etc.

  11. Ville et vie dit :

    Chers amis,
    Dans l’ensemble de vos propos(pros), permettez moi de vous inviter à rajouter un paramètre dans vos réfléxions: le temps.

    La ville vit, à ses rythmes. D’une envie de ville à la vie quotidienne d’un quartier, en passant bien entendu par sa conception, sa mise en chantier, son pilotage, son alimentation, et la sédimentation des histoires qui font son histoire, son image et son ambiance, il y a du temps. Un temps qui n’est pas compatible avec celui, pour ne prendre qu’un exemple, d’un résultat annuel de production massive et disproportionnée de logements mono-catégoriels, qu’ils soient sociaux ou non. Le besoin massif ne justifie pas les deséquilibres de mise en oeuvre.

    Une image simple et forte permet d’illustrer cette donnée: je crois que le temps de la ville est le temps de l’arbre. Une ville grandit sensiblement à la vitesse d’un arbre.

    L’effet d’échelle n’intervient pas sur le temp. Pour planter une foret, il faut plus de main moyens humains que pour planter son jardin. La relation au temps n’intervient pas. C’est une constante, quelle que soit la qualité du projet initial.

    En d’autres termes, d’une part, le programme de DSM n’est pas figé, il peut encore faire évoluer ses humeurs tranquillement pour tendre comme il se doit vers le rire plutot que les larmes. Les choix technicos-politiques possibles ne nous sont pas inconnus. A l’inverse, il y a des graines qui elles, doivent être semées aujourd’hui afin de porter leurs fruits demain.

    Ville et vie.

  12. servefa dit :

    Très belle analyse “Ville et vie” !

    Plantons les graines…

  13. Troll Hey ! dit :

    Balivernes !
    La réalité dépasse souvent la fiction…..
    On ne compare pas un tracteur et une 911.
    DSM est une 911, un bolide qui va dans le mur, et non un tracteur traçant un sillon où vous planterez vos graines…..

  14. Ville et vie dit :

    Monsieur Troll hey,

    Mon intervention ne nie pas les problèmes auxquels DSM doit faire face aujourd’hui et vite. Nous partageons, je crois, cette crainte que ce beau projet aille trop vite, et ou soit difficile à piloter, ce qui implique qu’il puisse aller dans le mur.

    Je précise juste deux choses: il est encore possible de maintenir le projet sur ses rails (de trolleybus? lol), et cela ne doit pas nous empecher de raisonner à long terme, sur des actions qui auront un impact indispensable et necessaire dans 15 ans si on agit aujourd’hui: planter des arbres par exemple…

    Et, je prends cet exemple des arbres c’est précisément car ce volet du projet est tout aussi important que le béton qui est coulé par les investisseurs aujourd’hui.

    Un projet urbain est un tout. Mais il s’agit bien de mettre en musique des acteurs de la ville qui n’ont pas tous le meme rythme. Et, hélas, ce sont les acteurs les plus préssés qui mènent la danse, et cela est incomplet.

    Voila Mr Troll Hey, et pour les autres lecteurs, quelques éclairages destinés à prendre conscience que ce patrimoine collectif qu’en la ville (future) est très complexe et ne permet pas d’être appréhendé selon un seul angle d’attaque.

    Néanmoins, quelle jolie 911 comme vous le dites. Ce serait dommage qu’elle embrasse un mur (une risberne?) et nous comptons sur des gens tels que vous Mr Troll Hey pour animer ce débat constructif.

  15. Troll Hey ! dit :

    Monsieur Ville et Vie,
    L’image de la 911, c’est rapport au coût d’entretien d’une 911 par rapport à un bon vieux tracteur.
    Et face à çà, tous les belles idées développées ici sont la conceptualisation de modèles sans lendemain car les outils permettant de gérer ces concepts au quotidien impliquent des investissements humains et financiers sans rapport au contexte dans lequel ces idées voient le jour.
    En clair et sans décodeur, “on ne….. pas plus ….. que son …..”
    Sincèrement,

  16. servefa dit :

    Monsieur Troll Hey!,

    Il est de votre bon droit de jouer les rabats-joie, mais laissez nous l’audace de penser que la Nouvelle-Calédonie peut se construire en faisant le pari d’une économie reposant sur des principes ambitieux de développement durable. Je me permets d’ailleurs de vous convier à lire cette étude du Victoria Transport Policy Institute sur l’économie générée par une mobilité durable (entre autres).

    http://www.vtpi.org/econ_stim.pdf

    Par ailleurs, je me contenterai de deux citations, la première de Romain Rolland: ““Le pessimisme de la connaissance n’empêche pas l’optimisme de la volonté.” qui me semble indispensable pour qui travaille dans l’urbain.

    La seconde de Guillaume d’Orange: “Point n’est utile d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer”.

    François, in fine plus déterminé qu’optimiste.

  17. Troll Hey ! dit :

    Messieurs Servefa et Ville & Vie,
    Plus rien à ajouter car “la messe est dite”.

    “Requiescat in pace”

    Troll Hey ! Toujours optimiste même après avoir pris un mur…..

  18. servefa dit :

    Troll Hey!, merci pour ses liens.

    A propos de ta première vidéo, à Abu Dhabi, je suis assez peu impressionné. Y’a une ville qui s’appelait Rome, où il n’ avait pas d’ascenseur, et pas de “pods”, où pourtant 500 000 personnes se fréquentaient dans un milieu entièrement pédestre, et pourtant y’avait des petites collines !

    Quant au film un peu naïf de l’Union Européenne (argh l’explication de l’étalement urbain: le centre est trop pollué…attends d’acheter une maison coco !) Que dire ? Oui, créer une collectivité viable demande de nombreux efforts et qu’en Nouvelle-Calédonie nous sommes balbutiants dans ces efforts. Mais gare aussi à la gentrification, à la privatisation des espaces publics (comme d’une certaine manière le fait le congestion charge londonien), à la faisabilité des projets dans un contexte culturel donné (les référentiels de valeurs sont souvent les principaux freins à l’élaboration de projets d’urbanisme vert - le but d’un article comme celui sud Dumbéa-sur-Mer est de participer à la conscientisation).

  19. Patrick dit :

    Bonjour François,

    Je réagis un peu tardivement à cet article très intéressant (j’étais occupé sur d’autres fronts) pour souligner l’écart, pour ne pas dire le gouffre qui sépare le projet tel qu’il a été conçu, de la réalité sur le terrain.

    La ZAC a été créée alors qu’un premier lotissement avait été réalisé (pointe à dorade) et aujourd’hui tout le monde se renvoi la balle (promoteur, SECAL, commune) pour savoir qui doit assumer les problèmes de gestion du lotissement (assainissement insuffisant : les eaux usées se déversent dans la mangrove, alimentation en eau potable insalubre car bassin plus entretenu, entretien de voirie inexistant, pas de distribution postale). En terme d’exemplarité urbanistique et environnementale… cela commence très mal.

    Pour permettre le financement des infrastructures nécessaires (écoles, collèges, lycée, terrain de sports, maison de quartier) à un projet de cet ampleur, l’équilibre de la ZAC a été recherché en augmentant sans cesse le nombre de logements (qui est passé de 4000 à près de 6000) ainsi que la proportion de logements sociaux. Je doute que l’on parvienne dans ce contexte au lieu de vie idylique que décrivent les vues d’architecte. Le très social en accession à la propriété et en locatif sur trois ares, cela risque de faire plutôt ghetto ; surtout si les équipements tardent à suivre (le déficit de la ZAC rend probable un décalage entre l’arrivée des habitants et des services publics).

    A l’échelle de Dumbéa, le projet pourrait être à l’origine d’une grande fracture. Entre les Dumbéens d’aujourd’hui, dont les budgets publics sont absorbés par l’accompagnement de la ville nouvelle, alors que les infrastructures actuelles se dégradent, et, les Dumbéens à venir attendant les équipements minimaux qu’ils sont en droit d’attendre…. avec comme ligne de démarcation une voie expresse qui coupe en deux la commune. En terme d’intégration des nouveaux quartiers, on peut mieux faire !!!

    La prochaine fois que tu seras sur le caillou , je t’invite à venir voir sur place. Une rencontre avec les habitants de cette ville en construction te permettra sans doute de porter un regard plus nuancé sur ce projet novateur, mais d’une ampleur faisant douter de la réelle maitrise des acteurs sur l’opération qu’ils ont engagé.

  20. servefa dit :

    Bonjour Patrick,

    Les premiers points que tu soulèves ne concernent, pour la plupart, pas des enjeux urbanistiques mais bien des difficultés de gestion due à des luttes politiciennes et budgétaires (ah, le manque d’autonomie des communes en Nouvelle-Calédonie…) et à un manque d’anticipation de certains gestionnaires.

    Concernant la densité du quartier, arrêtons de vouloir des maisons isolées les unes des autres ! Car la ZAC n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler un monstre de densité avec une vingtaine de logement à l’hectare, on est loin du ghetto parisien ! Un lotissement moyen au Canada, uniquement composé de pavillons avec jardin, dans un environnement où l’espace ne manque pas et où les voies sont très larges, c’est en moyenne 16 logements à l’hectare. Cela est parfaitement anti-écologique car crée des villes anti-piétons à forte émission de GES. A l’inverse, aux Pays-Bas, aujourd’hui, dans le cadre des Agendas 21 (tiens, une idée pour la Nouvelle-Calédonie…même pas entendu parlé pendant la campagne), les lotissements sont largement densifiés et se construisent à 35/40 logements à l’hectare. La ZAC de Dumbéa-sur-Mer est plus dense que le reste des constructions nouvelles en NC, et cela est exemplaire, mais cessons de dire qu’elle est trop dense, on pourrait même penser qu’elle ne l’est pas assez. Le très social en accession à la propriété, sur 3 ares ne fait pas forcément du ghetto, loin de là, tout dépend de l’accompagnement et des espaces publics. L’exemple des maisons-castors en région parisienne à l’entre deux guerres, aujourd’hui très recherchées, en est un bon exemple.

    Le déficit de la ZAC est une broutille au vu de ce qui aura été créé, il vaut mieux un déficit avec une bonne conception qu’un équilibre et un lotissement classique et mal conçu. Une ZAC se construit sur 20 ans, cessons de voir le bout de son nez et de penser au déficit d’un bilan basé sur des hypothèses invérifiables (comme le prix des terrains).

    Concernant une ville séparée par une voie express, je ne suis pas favorable à la vitesse en milieu urbain et ce type de voirie n’a selon moi rien à y faire, mais cela est difficile à faire passer quand d’aucuns proposent des autoponts à tous les coins de rue. Si on veut augmenter la capacité d’un corridor, on augmente pas le nombre de voies, car là on augmente la vitesse et on créé du trafic, il serait plus pertinent, à mon sens de penser en termes de transports collectifs. L’ingénierie en Nouvelle-Calédonie devrait s’y pencher très sérieusement, même si c’est plus compliqué que de tracer des routes.

    Bien cordialement,

    François

  21. Patrick dit :

    Bonjour François,

    J’espère sincèrement que ce que tu dis est exact. C’est vrai, comme tu le dis, que ce que nous voyons à présent, ce sont les problèmes de gestion qui s’accumulent… et il est encore difficile de percevoir ce que cette ville sera une fois achevée…

    Ce qui m’inquiète dans le très social en accession à la propriété sur 3 ares, c’est le fait que les familles démunies ont rarement les moyens ensuite d’entretenir leur bien ce qui peut conduire à des quartiers plutôt insalubres (voir la SICNC à Koutio face au centre culturel).

    J’espère d’autre part qu’il est possible en Nouvelle-Calédonie de laisser une place au mode de vie océanien (plus gourmand en espace que d’autres) dans les options urbanistiques retenues. je me souviens plus le nom de l’auteur qui a souligné les différences culturelles de perception de l’espace : ce qui est vue comme spacieux par l’un est étroit et oppressant pour l’autre …

    Une étude avait été réalisée en 2005 je crois, dans le cadre du contrat d’agglomération, et recommandait la transformation de la savexpress en voie urbaine dans Dumbéa. Je crois qu’il faudra y venir pour éviter le risque de fracture dont je parlais.

    J’aime bien l’image de Ville et Vie qui compare la forêt et la ville pour faire toucher du doigt la dimension temporelle dans la construction d’une cité.

    Si je pousse la comparaison, l’écosystème de forêt (faune, végétation de sous-bois) ne prospère bien que lorsque la forêt atteint une certaine taille critique, assurant l’ombrage indispensable à la survie des autres espèces.

    Le problème de gestion qui est rencontré à Dumbéa-sur-mer : sans doute les habitants sont arrivés trop vite, alors que les infrastructures n’ont pas encore atteint la dimension nécessaire. Et pour ceux là, vingt ans de chantier et de galère pourront parraitre long et gacher une vie.

    Bien sincèrement,

    Patrick

    PS : tu as porté un regard très critique sur la fiche 24 de notre programme (qui de mon point de vue, le méritait sans nul doute). Visiblement, tu as sauté la fiche 3 qui parlait notamment d’agenda 21et du développement de modes de déplacements alternatif…)

  22. servefa dit :

    Bonjour Patrick,

    Je partage aussi la belle vision de Ville et Vie. Concernant la vie océanienne et la gestion de l’espace, je comprends cela parfaitement (mais il en est, in fine, de même avec la plupart des populations rurales s’installant en ville), c’est d’ailleurs pour cela qu’en urbanisme on différencie souvent densité réelle et densité perçue, et que de nombreux programmes de jardins communautaires voient le jour. Une réflexion sur de tels jardins a été abordé dans les quartiers les plus denses de Dumbéa-sur-Mer (mais je ne sais pas ce qu’il en est advenu).

    L’étude de 2005 dont tu parles est l’étude ADEFRANCE, largement critiquable à mon sens mais avec par ailleurs de belles idées (notamment un développement urbain de Gadji rendu difficile par le CET dont l’implantation a, selon moi, manqué de discernement).

    Effectivement, dans Dumbéa-sur-Mer, le projet a été victime de la grande pression de la croissance urbaine et du besoin en logement. L’urbanisme est toujours victime de la démographie galopante, il n’y a qu’à voir ce qu’il se passe dans des villes comme Istanbul.

    Concernant la fiche 24, je suis heureux de voir que tu partages mon point de vue. Je dois avouer que la lecture de cette fiche m’a rendu très désemparé (ce qui obscurci toujours un peu la raison). Et la fiche 3 ne m’a pas vraiment rassuré, on y parle de covoiturage, de vélo, de ferry, certes, mais pas de transport public terrestre, pourtant bien plus aisé à mettre en œuvre (je vais d’ailleurs bientôt écrire un billet sur le transport maritime sur mon blog, qui est à mon sens un transport d’appoint mais en aucun cas une pièce maîtresse d’une coordination transport/urbanisme, surtout dans la configuration du Grand Nouméa, pour cela j’ai observé le transport maritime à New York, Québec, et en Louisiane, en chronométrant différents paramètres).

    D’ailleurs, je constate que le transport maritime en Nouvelle-Calédonie est vendu à toutes les sauces, car ce dernier à une image valorisée, une image de transports de personnes aisées, quand les bus suintent la pauvreté (alors que, par exemple à Paris, les cols blancs sont dans les bus et les cols bleus dans les RER et métros). Je ne nie pas l’importance de l’image (surtout en étudiant en Amérique du Nord où on ne parle “que” de Communicative Planning), mais je reste un peu ingénieur et je me soucie aussi de l’efficacité d’un système.

    En revanche, j’avais effectivement “zappé” la proposition d’Agenda 21, mea culpa donc.

    Bien cordialement,

    François

  23. Troll Hey ! dit :

    A vos échanges d’amabilité.
    A vos idéaux et illusions,
    A Servefa, Patrick et Ville et Vie,
    Sincèrement,
    Troll Hey !
    A +

  24. Maon dit :

    Juste pour savoir:
    L’un de vous vit-il en logement social?
    L’un de vous vivra-t’il en logement social ?
    Quand on vit au quotidien dedans on a envie d’écharper les idéologues urbanistes et de les couler dans le béton de ces logements.
    car tous les beaux décideurs, politiques et architectes donneurs de leçon recherchent chez eux ce que nous n’avons pas : de l’espace !
    Vivre à 3 dans 70 m carrés (yen a pour qui c’est pire…) c’est pas pareil que d’utiliser son mobile pour demander à maman d’envoyer le pot de sel de l’autre bout de la table…. qui est dans une salle à manger de 100 m carrés….

  25. Bisounours dit :

    Amis lecteurs et posteurs,

    Vos reflexions et réactions face à la création de cette “ville dans la ville” soulèvent beaucoup de problématiques écologiques et sociales mais je suis surpris que personne ne s’étonne ou ne constate ce qui a été fait ici en Nouvelle Calédonie.
    Concernant les logement sociaux , j’aurai appécié lire un constat sur des quartiers populaires comme PLM, Tindu, Kaméré, VDT, certains quartiers de Rivière Salée.
    J’imagine qu’on avait présenté ces lieux de vie comme des hameaux de paix et de tranquilité avant leur construction…
    En effet, ne serait t il pas souhaitable de tirer quelques conclusions sur ces quartiers ou le social a été injecté pour gonfler les pourcentages. Des erreurs ont été commises, mais apparement il est bon de les ignorer.
    A commencer par le mode de vie. Pourquoi s’obstiner a vouloir donner un mode de vie occidental à une population océanienne? (Appartements, proximité) qui est à mon avis à l’origine de l’insécurité regnante dans ces quartiers (rixes, vols, cailloux volants, dégradations).
    Et la comparaison rural - urbain est vraiment mal choisie car cultures différentes (pas négligeables)
    Miser sur autant de logements dits sociaux est un vrai coup de poker ou l’on ignore profondément les conséquences sans forcément vouloir réfléchir aux causes.
    Mais bon le monde merveilleux des bisounours est peut etre là…à en croire certains d’entre vous.

    (Et au passage le calédonien moyen, ni trop riche ni trop pauvre, qui achètera son lopin de terre à Tomo ou Tontouta, trop riche pour accéder à un logement social à Tuband 3 et pas assez riche pour acheter 6 ares de terrain à 25 U minimum sur Tuband)…

  26. servefa dit :

    Bisounours, je viens de relire l’article…Nulle part il n’est question d’harmonie sociale, de paix, etc…mais simplement de souligner l’effort fait en matière de conception d’un quartier plus respectueux de l’environnement que ce qui se fait jusqu’alors…

    Maon, dans l’équipe qui a participé à la conception du projet, il n’y en pas qui vivent dans des salons de 100m carrés…

  27. ville et vie dit :

    chere bisounours,

    Inversez une seconde votre logique de raisonnement…et tentez de voir les risques qui tendrait a aller dans dans votre sens sans plus y réflechir.
    Pour vous, le logement social n’est il destiné qu’a des mélanésiens? Quel serait votre manière de voir le logement dédié aux mélanésiens? Ne serait il pas là une manière grossière et dangereuse de stigmatiser ces lieux et ces hommes? Les mélanésiens qui ont fait le choix de vivre dans l’agglomération ne sont ils pas déjà, d’eux même, et pour la plupart, en quête (atteinte ou en desirs) de mode de vie à l’occidentale tel que vous pensez qu’il existe?
    Quen à la confrontation ville brousse, elle est inévitable. Ce n’est guère une hypothèse mais une réalité à faire vivre du mieux possible en passant chacun par le partage de l’espace urbain, au profit, justement de la limitation de l’extension urbaine en brousse (avec tous les problèmes environnementaux que cela engendre). La ville n’est pas le monde bisounours d’une enfance de village. Il faut etre conscient de la ville est le lieux de vie “de fait” du plus grand nombre, et cela en NC comme ailleurs. C’est là aussi un constat, ce n’est ps une hypothèse, nous vivons, depuis 100 ans partout sur la planete une mutation demographique et urbaine sans précedent pour laquelle la premiere approche responsable est de partager la ville, et ses espaces communs. Des espaces de plus en plus communs, et des vies privées auxquelles nous ne pouvons plus offrir un champs de verdure pour chaque famille.
    Par ailleurs, je ne sais ce que signifie le calédonien moyen, mais je sais que ceux auxquels vous faites références et qui font le choix d’aller à Tomo ou Tontouta dépensent en global la même somme en logement (+ transports en particulier mais d’autres postes de depenses viennent se rajouter) que ceux qui restent dans l’agglomération. Quand aux risques qu’il prennent sur la route, eux et leur enfants, qui, au passage sont privés des apports socio-culturels de l’urbanité, quand à leur empreinte écologique, quand à leur temps de libre…
    Vous est il vous demandé si l’accession à la propriété d’une demeure luxueuse était un dû pour tous? Ne pensez vous pas qu’il existe des heureux locataires? Ne pensez vous pas qu’il puisse être possible de bien vivre dans un habitat modeste, à la hauteur de ses moyens?

    Le projet de Dumbéa sur mer n’est la le meilleur du monde. Il n’en existe pas, et c’est l’Histoire qui le dira. Ce n’est pas une ville nouvelle non plus, il s’agit juste de créer des nouveaux quartiers normaux, répondant aux besoins constatés en matière de logements dans l’agglomération. L’inexpérimentation locale et des objectifs de production quantitatifs mettent à mal - aujourd’hui- les intentions intiales, mais c’est grâce a l’effort de tous que les objectifs qualitatifs seront atteints.

  28. ville et vie dit :

    Chère Maon,

    Vivre à 3 dans 70m2 est une situation qui est loin d’être indécente. Le penser, en revanche me laisse perplexe.
    A vos questions sur la vie dans un logement aidé: Est il si dégradant d’avoir recourt à un moment ou à un autre de sa vie à une aide pour satisfaire ce besoin vital qu’est le logement?
    Qu’il y ai des quartiers ou le logement aidé soit sur-représenté, on en convient tous, que certaines constructions soient peu intelligentes, on en convient aussi. Mais attention à ne pas porter un discours visant à occulter les difficultés des plus fragilisés, pour lesquels le logement aidé doit être une transition (souvent la premiere pierre d’un processus vertueux) dans leur parcours résidentiel.

  29. ville et vie dit :

    Mr troll Hey,

    En l’occurrence, les utopies et illusions ne sont pas des bases fondatrices du projet de Dumbea sur Mer. Mais peut-être ces deux valeurs le sont elles dans les know-how mobilisés pour sa stratégie de mise en oeuvre, à ce jour.

    En référence à votre fin joli nom, la réserve d’emprise pour l’accueil d’un TCSP sur site est, probablement, une bonne idée. Mais en attendant son arrivée, cela engendre des questions de gestion de l’espace qu’il s’agit d’anticiper, et de ne pas occulter. Par exemple. Et là, on n’est pas dans l’utopie fustigée par la pensée scientifique dominante, on est face à un sujet traité avec illusion par la pensée scientifique. Par exemple.

    Allez, babaille a tous, je m’eclipse et invite tout le monde à positiver collectivement.

  30. [...] Cette pression intense sur un écosystème aussi fragile que la mangrove surprend de la part d’acteurs publics engagés dans un aménagement urbain notateur présenté comme respectueux de l’environnement. [...]

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