Note de la rédaction
Céline commence son oeuvre phare en s’exclamant “Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination.” Geckonews-nouvellecaledonie.info, qui essaie depuis maintenant bientôt trois mois de vous proposer des textes de qualité, souhaite aussi vous inviter au voyage, à l’évasion, au dénombrilisme d’une société calédonienne qui oublie parfois de regarder le monde qui l’entoure, et de s’en étonner simplement. “L’étonnement est ce qui toujours pousse les hommes à philosopher” Aristote.
Puisque les deux-tiers des habitants de la Nouvelle-Calédonie vivent en ville, nous vous proposons aujourd’hui une escapade urbaine dans un pays qui, à n’en pas douter, marquera fortement le XXIème siècle, par l’entremise de la belle expérience de Benoit Fanjeau.
Un grand saut en avant ? Premiers sentiments sur une escapade urbaine en Chine (1)
Un grand saut, là n’est pas la question, tant cela est visible même pour celui qui visite pour la première fois l’empire du milieu. On sent que les villes bougent, se développent, mais que des étapes sont franchies rapidement, voire trop rapidement. Se pose donc la question du saut: s’est-il fait dans le bon sens?
Le slogan de Mao « détruire l’ancien pour établir le nouveau », vieux de plus de quarante ans, semble toujours d’actualité et être l’une des principales lignes directrices de l’urbanisation chinoise. En effet, dans toutes les villes traversées, les traces du passé tendent à disparaître au profit d’opérations immobilières ou d’infrastructures de grandes ampleur. Cela est particulièrement flagrant à Canton, la plus grande ville du delta de la Rivière des Perles (Province du Guangduong), où les quartiers anciens ont disparu sous les infrastructures de transports et la construction de bâtiments de bureaux et logements tout à fait quelconques.
Les pollutions de toutes sortes (sonore, atmosphérique, visuelle, environnementale) atteignent des niveaux extrêmement élevés: cela se ressent bien entendu dans la rue, mais plus particulièrement , et par contraste, dans les quelques grands parcs urbains que la ville a su conserver (parfois payant -une somme modique- mais très bien entretenus) ou l’île de Shamian, ancienne concession franco-britannique, véritable havre de paix au milieu du chaos, où le temps semble s’être suspendu, et le traitement de l’espace public de qualité (cf. photo ci-dessous).

Pour autant, si des pans importants du patrimoine cantonais sont détruits, le lien social semble encore tenir bon: la cellule familiale paraît en être la base. Cela se sent notamment dans les quartiers anciens, les marchés et les espaces publics où toutes les générations cohabitent. Ces derniers, généralement des parcs, sont traités simplement et bien pensés. Reposants, mais aussi aménagés pour la pratique sportive de tout âge (tables de ping pong, terrains de badminton, petits aménagements pour le renforcement musculaire; cf. photo ci-après), ils disposent aussi de salons de thé. En revanche, il ne m’a été possible de voir si ces principes sont repris dans la construction de parcs urbains récents, dans les grands projets d’aménagement, dont se targuent les grandes villes.

A cet effet, il semble poindre deux aspects: la volonté de montrer une certaine puissance aux touristes et investisseurs et une empreinte chinoise dans l’urbanisation, mais aussi un attrait irrésistible pour le monde occidental tel que le prouvent les grands projets architecturaux (siège de la télévision chinoise à Pékin réalisé par Rem Koolhaas, l’opéra de Pékin de Paul Andreu., etc., ces grands projets attirent aussi les architectes et urbanistes occidentaux !) mais aussi les lotissements et grandes opérations immobilières copies (parfois conformes) de villes européennes. Cela peut laisser rêveur, songeur ou perplexe. En tous les cas, cela interpelle. Jusqu’où cela doit-il aller? Est-ce que chaque ville souhaite concurrencer Dubaï ? En ont-elles les moyens?
On peut en douter, car si certaines ont la capacité (ou du moins l’ambition) d’entrer dans le cercle restreint des villes globales (la taille des aéroports donne des indices: ceux de Hong Kong, Canton ou Pékin ont une très forte capacité de croissance), Chengdu ferait plutôt penser à la fable de la Fontaine: vouloir être plus grosse que le bœuf. Le nombre d’opérations immobilières stoppées (souvent au niveau du gros œuvre) semblent montrer que la croissance des villes est extraordinaire mais demeure aléatoire, voire fragile pour certaines. Là aussi, une dualité existe: la préservation du patrimoine ancien ou alors le principe de la table rase. Le premier est encore timide et malheureusement tend vers le pastiche (Chengdu) pour autant, le tourisme et désormais une plus grande reconnaissance du droit privé permettent la conservation d’ensembles cohérents d’habitats traditionnels et donc de style de vie (les hutongs à Pékin).
En somme, les villes chinoises se cherchent entre réelle identité locale, préservation de l’environnement et concurrence mondiale, on a la sensation qu’elles veulent faciliter au maximum leur essor et que le discours de prise en compte de l’identité, des populations locales et de l’environnement reste malheureusement de façade.
(1): Ces premiers sentiments ne portent que sur les villes que j’ai visitées, sans avoir beaucoup de temps pour avoir un point de vue complet et sans parler le mandarin pour entrer davantage en contact avec la population. Il s’agit des villes de Canton (Guanghzou), Chengdu (capitale du Sichuan), Pékin et Hong Kong. La ville de Shanghai que je n’ai pas pu visiter paraît être un cas un peu particulier parmi les cités chinoises.
Benoit FANJEAU

Merci pour votre contribution. Justement le séjour en Chine m’intéresse. Pouvez vous nous en dire plus sur les compagnies a prendre, les saisons, les bons plans.
Bonjour Pengcore,
Il y a beaucoup à dire, même si je n’ai passé que deux semaines! Donnez-moi votre adresse mail que je puisse vous en dire plus.
un panorama bien dressé après deux semaines en Chine seulement ! Bravo l’ami !
Bonjour et merci à Benoit de nous apporter son témoignage. Justement, l’association Convergence-Pays organise une conférence sur le thème de l’urbanisme en NC, ce mercredi 3 à 18h00, à l’étage du Bout du Monde. Entrée libre …
Chers amis de Nouvelle-Calédonie,
C’est depuis la Belgique que je lis cet article car la Nouvelle-Calédonie reste un de mes plus beaux souvenirs. je reviens de 3 semaines de voyages en Chine. Voici quelques bons plans : tout d’abord éviter la forêt de pierre près de Kunmin car c’est un parcours où la nature à peine le droit de revendiquer sa place. Tout y est balisé et chacun doit suivre les sentiers prévus. Le voyage est long pour passer 2 h ! Par contre, l’éblouissement vient de la ville de Yangshuo. Vous devez prendre l’avion jusqu’à Guilin est à une heure de route se trouve une rivière qui s’écoule lentement entre les massifs rocheux des pains de sucre. Le paysage est fantastique. De plus, dans cette toute petite ville, vous pouvez aisément louer un vélo pour visiter les campagnes environnantes. Sublime. La ville de Shanghai, quant à elle, est une ville particulière, c’est à la fois le souvenir des concessions britanniques et françaises et la multitude des nouveaux buildings très hauts. Elle est pour l’instant en travaux car il va y avoir l’exposition universelle l’année prochaine (2010) avec de nouveaux liens de métro, une nouvelle promenade sur le Bund… Par expérience, c’est aussi la ville où l’on peut se faire faire un tailleur ou un costume sur mesure pour environ 40 à 60 euro/ mesures prises à 15 h et vêtements livrés à 7 h le lendemain matin. C’est bluffant !
Ce qui m’a le plus frappé, c’est la faculté d’apprentissage des langues étrangères par les jeunes chinois, que ce soit le français ou l’anglais, le style est irréprochable et l’accent très convaincant.
Bon voyage !